DEFINITION

Définition générale

Le déni est un mécanisme de défense par lequel le tout petit enfant se protège de la menace de castration; il répudie alors, il désavoue, il dénie l’absence de pénis chez la fille, la femme, la mère et croit pour un temps à l’existence du phallus maternelle.

Etymologiquement, dénier (dé-nier) renforce par un préfixe défensif dé le fait de nier qui est déjà un refus en soi; une double dénégation se trouve au cœur du mot. Plus qu’une simple négation, le déni est une attitude de refus catégorique à l’égard d’une perception désagréable de la réalité extérieure. Cette défense est destinée à protéger le moi mettant en question le monde extérieur.

1- Déni et castration

  a- Le déni comme refus de la castration

Le déni apparaît chez l’enfant dans le refus d’accepter le fait de la castration et l’entêtement dans l’idée que la femme possède un pénis. En 1905 FREUD énonce dans « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes » que « l’enfant refuse l’évidence, refuse de reconnaître l’absence de pénis chez la mère. Dans son investigation concernant la vie sexuelle, l’enfant s’est forgé une théorie qui consiste en ce que tout être humain est comme lui même pourvu d’un pénis; voyant les parties génitales d’une petite sœur, il dira « C’est encore petit... quand elle sera grande, il grandira bien. » Plus tard, dans « L’organisation génitale infantile », FREUD est encore plus explicite. Les petits enfants, fille ou garçon, nient ce manque chez la femme; ils jettent un voile sur l’évidence, ou plutôt ne voient pas, et croient malgré tout voir un membre. Pendant la phase phallique où, pour les deux sexes, seul l’organe mâle est pris en compte, et où règne une ignorance par rapport aux organes génitaux féminins, le déni est pour ainsi dire normal pour le petit garçon comme pour la petite fille, et quand il ne se prolonge pas au delà de cette phase.

  b- Exemples de cas étudiés par FREUD

FREUD raconte l’histoire de cet homme qui, à l’époque de l’investigation sexuelle et contemplant les organes génitaux d’une fille, dit clairement avoir vu un pénis « de la même sorte que le mien » Plus tard en voyant une femme nue et son manque de pénis, il constata « qu’en pressant l’une contre l ’autre mes cuisses, je réussis à faire disparaître entre elles mes organes génitaux et constatais avec satisfaction que, de cette manière, rien ne différenciait plus mes organes de ceux d’une femme nue. »

Dans l’étude de « La phobie du petit Hans » FREUD signale que le refus d’admettre l’absence de pénis est un préjugé habituel à la phase phallique qui disparaît à mesure que le principe de réalité prend le dessus sur le principe de plaisir.

FETICHISME ET PSYCHOSES

FREUD décrit ce mécanisme de déni principalement pour rendre compte du fétichisme et des psychoses.

Le fétichisme

1- Propriétés

Le fétichisme a été répertorié par KRAFFT-EBING et HAVELOCK-ELLIS comme une perversion. Il consiste en la coexistence de deux représentations psychiques contradictoires fonctionnant sans s’influencer mutuellement; l'absence et la présence de phallus chez la femme. Il permet, tout en niant, déniant la différence des sexes, de ne pas renoncer au phallus, de conjurer efficacement l'angoisse de castration et de garder le choix d'une partenaire sexuelle féminine. La femme parée de l'objet fétiche évite le choix homosexuel.

2- Le fétiche

Le fétichisme est un mode d'organisation sexuelle qui requiert la présence et l'usage d'un objet fétiche comme condition de la satisfaction et de la jouissance. Dans son article "le Fétichisme" FREUD met en évidence le mécanisme de formation de l'objet fétiche. Face à l'angoisse de castration révélée par la constatation de l'absence de pénis chez la femme, l'enfant développe un processus de défense, le déni, qui récuse cette réalité. Il va incarner l'objet imaginaire qu'est le phallus de la mère et élaborer une formation substitutive à partir d'un objet de la réalité. La psychanalyse reconnaît le fétiche comme substitue du pénis manquant à la mère. Cet objet va lui permettre de conserver la représentation d'une mère, pourvue d'un pénis.

3- Choix du fétiche

FREUD explique que le choix de l'objet fétiche est déterminé par le dernier objet aperçu par l'enfant juste avant la découverte traumatisante de l'anatomie féminine, dernier moment où l'enfant croit que a femme est phallique (choix de lingerie de la fourrure par association à la pilosité pubienne, de chaussures, des bas, de robes comme objet fétiche)

Les psychoses

1- Opposition entre déni psychotique et refoulement névrotique

Si dans le cas des névroses, le processus à l'oeuvre est le refoulement, dans les psychoses, il s'agit du déni. En 1894 FREUD observa à propos des psychoses dans "Les psychonévroses de défense" "qu'il existe une sorte de force bien plus énergique et bien plus efficace que le refoulement névrotique, force qui consiste en ce que le moi rejette la représentation insupportable en même temps que son affect, et se conduit comme si la représentation n'était jamais parvenue au moi. Le déni fonctionne par rapport à la réalité perceptive méconnue. Il ne fait pas disparaître la représentation insupportable, il l'exclu simplement, ce en quoi se distingue le refoulement qui lui sépare en ne laissant aucune trace. Ce dernier se rapporte à une réalité interne repoussée; c'est le Moi qui se défend contre les excitations pulsionnelles. Si le névrosé refoule les exigences du çà, le psychotique nie la réalité extérieure pour se reconstruire une réalité hallucinatoire.

2- Le déni dans la psychose
  a- Forclusion

Ce terme a été introduit par LACAN pour désigner le mécanisme qui serait à l'origine de la psychose, mécanisme qui n'est pas autre chose que le déni décrit par FREUD. La forclusion consisterait en un rejet d'un "signifiant" fondamental tel que le phallus en tant que signifiant du complexe de castration, hors de l'univers symbolique du sujet. Comme le déni, elle se distingue du refoulement en ce sens que les signifiants forclos ne sont pas intégrés à l'inconscient du sujet.

  b- L’homme aux loups

Il permit à FREUD de mettre en évidence l’existence d'un mécanisme spécifique à la psychose. Il s'agit d'un jeune homme russe de vingt-deux ans qu'il traita entre 1910 et 1914. Son adolescence s'était déroulée normalement et il avait achevé ses études scolaires. Mais son enfance avait été dominée par de graves troubles névrotiques. Toute l'analyse de FREUD fut centrée autour d'un rêve que fit l'enfant quelques jours avant le Noël de ses quatre ans. C'est le fameux rêve des loups: l'enfant rêve qu'il est dans son lit, soudain la fenetre s'ouvre et il voit sur les branches d'un grand noyer face à la fenêtre 6 ou 7 loups blancs avec de grandes queue de renard. Terrifié, à l'idée d'être mangé par les loups, l'enfant crie et se réveille. Par un travail d'association d'idées, FREUD rapproche ce rêve de la vision par le patient d'une relation sexuelle de ses parents lorsqu'il avait un an et demi, vision de cette "scène primitive". Les loups terrifiants représentaient donc son père et son sexe dressé. Ici le patient rejette la castration; il fait comme si elle n'avait jamais existée.

CONCLUSION

Le concept de déni fut étudié et définit par différents auteurs tels que FREUD, A. FREUD, KLEIN ou encore LACAN. Pour FREUD le déni est avant tout une méconnaissance de la réalité extérieure. Il l’étudie surtout dans le cadre du fétichisme et de la psychose. Plus tard il le définira comme conséquence du clivage de moi : au lieu d’une unique attitude psychique, il en a deux.

A FREUD, quand à elle n’hésite pas à le ranger parmi les mécanismes de défense.

Si l’élaboration du fondement descriptif du déni revient à FREUD et à A. FREUD, des prolongements essentiels ont été apportés par KLEIN et LACAN. KLEIN mettra l’accent sur le déni de la réalité psychique pour décrire la défense maniaque. LACAN construira le modèle de la forclusion.