Pendant ce stade, il y a instauration d'une relative unification des pulsions partielles sous le primat des organes génitaux sans qu'on puisse pour autant parler d'une véritable génitalisation de la libido. Cette période recouvre principalement la troisième année de la vie, le conflit œdipien s'exprimant de trois à six ans.

Le stade phallique est celui de la découverte de la différence des sexes ainsi que le déni de cette différence. A ce moment, le pénis n’est pas encore perçu comme un organe génital mais plutôt comme un organe de puissance et de complétude, c'est-à-dire un phallus d’où le nom qui fut donné à ce stade.

1. La miction

Le stade phallique se centre autour de la problématique de l'absence ou présence de pénis. La zone érogène prévalente, la source pulsionnelle est l'urètre associé à un double plaisirs, la miction et la rétention. Le plaisir urétral comporte une dimension autoérotique associée à une dimension objectale avec le fantasme d'uriner sur autrui. Le plaisir mictionnel a une signification phallique active pour les deux sexes mais également une connotation passive associé au plaisir de laisser couler.

Le contrôle du sphincter vésical entraine une fierté narcissique qui serait due au fait que les parents font honte à l’enfant lors de l’échec de ce contrôle.

2. En avoir un ou pas...

Au stade phallique va se manifester la curiosité sexuelle infantile. L'enfant va prendre conscience de la différence anatomique des deux sexes qu'il va interpréter en terme d'absence de pénis ou de présence. Toutefois, l'enfant va dénier la différence des sexes. Le garçon va nier la castration par la négation du sexe féminin et/ou par la mise en place d'une croyance selon laquelle la mère serait pourvue d'un pénis; on parle alors de mère phallique. La petite fille, quant à elle, va manifester son envie de pénis soit en imaginant une poussée ultérieure du clitoris, soit par la présentation d'attitudes dites "d'ambition phallique"; elle va investir les jeux brutaux, rechercher le danger, montrer des attitudes communément appelées de "garçon manqué".

Le stade phallique est un stade prégénital dans la mesure où le pénis est d'avantage conçu comme un organe porteur de puissance ou de complétude plutôt qu'un organe strictement génital.

La question "d'en avoir un ou pas" fait de ce stade un stade plus narcissique qu'objectal. Elle ne renvoie pas à l'usage que l'enfant peut faire de son pénis mais au simple fait d'en posséder un.

3. Complexe de castration et complexe d'Oedipe

Les angoisses spécifiques liées à se stade sont des angoisses dites de castration, voire de mutilation.

A cette période, l'enfant présente une activité masturbatoire importante.

Le complexe de castration va jouer un rôle essentiel dans l'évolution du complexe d'Oedipe, rôle qui sera différent chez le garçon et chez la fille. Chez le garçon, à la phase phallique se développent la masturbation et des fantasmes incestueux. Pour Freud, ces comportements sont liés à deux évènements observables dans la réalité, la menace de castration et l'observation du manque de pénis chez la fille.

Le complexe de castration va déterminer la formation du Surmoi. Il va inaugurer la phase de latence.

Le complexe d'Oedipe est un conflit intrapsychique qui a lieu entre 3 et 5 ans. Il correspond à un moment de crise dans la vie psychique et fait partie de l'évolution normale de la vie psychique de l'enfant. Il repose sur la différenciation sexuelle du père et de la mère. Le complexe d'Oedipe est classiquement décrit comme un attachement sexuel au parent du sexe opposé entrainant un souhait d'élimination du parent rival, celui du même sexe. Freud a repris le mythe d'Œdipe afin d'éclairer à la fois l'Oedipe positif et l'Oedipe négatif. A travers le cas de l'homme aux loups, Freud va découvrir qu'il existe chez le garçon une position d'Oedipe inversé caractérisé par un attachement sexuel du garçon à son père; il s'agit d'un versant complémentaire à l'Oedipe représentant un attachement homosexuel. Ces deux versants coexistent chez tout individu; Freud parlera de bisexualité psychique.

La situation est plus complexe pour la fille dans la mesure où son attachement primaire pour la mère est doublé par ses désirs incestueux pour le père. On considère que la fille est confrontée à un double interdit, à la fois maternel et paternel. L'ensemble de ces interdits va être internalisé ultérieurement pour constituer le Surmoi.

Le conflit œdipien peut être formulé sur le plan génital, symbolique et relationnel.

A plan génital, le seul organe en jeu est le pénis. Le problème central est la castration (amputation du ses et ablation des glandes sexuelles). Pour le garçon, il y a découverte du plaisir génital à travers l'activité masturbatoire. Va surgir ensuite l'angoisse de castration (registre névrotique) avec eux types de réactions opposées: vouloir tuer le père et soumission passive à sa domination sexuelle. Le garçon sort de l'Oedipe par l'acceptation du renoncement à sa mère afin d'échapper à la castration. Pour la fille on retrouve ces trois étapes:

  • illusion d'être un garçon
  • découverte qu'elle n'a pas de pénis, donc qu'elle est castrée, ce qu'elle ressent comme un préjudice. Elle va chercher à compenser cela par deux types de réactions: agressivité envers la mère jugée comme responsable et essai de séduction envers le père avec le fantasme|/?post//Le-fantasme|fr] d'avoir un enfant de lui pour compenser ce manque.
  • sortie de l'Oedipe avec une dette symbolique envers le père qui aurait pu castrer mais qui ne l'a pas fait.

Au niveau symbolique, il n'est plus question de pénis mais de phallus, c'est à dire un symbole ayant la même valeur pour le garçon comme pour la fille. Il représente ce qu'il y a de plus précieux pour l'enfant. Il faut comprendre l'angoisse de castration comme l'angoisse de la perte de cet objet symbolique.

Au niveau relationnel, l'enfant veut être convaincu d'être le seul objet d'amour de ses parents. L'angoisse surgit quand il découvre que ses parents sont chacun l'un pour l'autre un objet d'amour. Il va vivre dans une situation de rivalité qu'il va ressentir comme catastrophique. Face à cette rivalité, l'enfant a deux alternatives: soit détruire le rival ou alors le séduire redevenir le seul objet d'amour.

La sortie de l'Oedipe se fait par la compréhension du coté de l'enfant que le statut de l'individu n'est ni d'avoir tout l'amour ni de ne rien avoir mais d'être dans une situation intermédiaire où il comprend et accepte que l'amour que ses parents ont entre eux ne va pas supprimer l'amour qu'ils ont pour lui.

Lacan repère trois temps dans le développement de l'Oedipe:

  • à l'origine, l'enfant ne désire pas seulement être en relation avec la mère, il désire être tout pour elle, c'est à dire être le complément de son manque, c'est à dire son phallus. Il est assujetti et dépendant. Pour satisfaire le désir de sa mère, l'enfant ca s'identifier à l'objet de ce désir. Au long de son développement, il va rencontrer une mère plus ou moins consentante, plus ou moins "aliénante". C'est le temps du règne du narcissisme primaire.
  • le père intervient comme tiers séparateur doublement castrateur puisqu'il prive à la fois l'enfant de l'objet de son désir et la mère de son complément phallique. C'est à cette période que l'enfant est confronté à la loi du père faisant écho à la loi du groupe.
  • l'enfant va s'identifier au père. Cela n'est possible que si la parole du père est reconnue par la mère, c'est à dire si elle est porteuse dans son discours du discours du père. La reconnaissance du rôle du père comme géniteur ne suffit pas. Il faut encore que la mère le reconnaisse comme porteur de la loi. C'est dans ces conditions uniquement que le sujet aura accès au Nom du père (métaphore paternelle) qui correspond à l'ordre symbolique. Si l'enfant n'accepte pas la loi ou si la mère ne reconnait pas au père cette position, l'enfant restera identifié au phallus et soumis aux désirs de la mère.

4. La scène primitive

A ce stade, l'enfant va élaborer des théories sexuelles infantiles correspondant à l'interprétation des faits selon le vécu libidinal de l'enfant et de sa capacité à les intégrer sur un plan rationnel. Ces théories sexuelles sont des élaborations intellectuelles plus ou moins complexes que forge l'enfant pour répondre aux questions que lui pose la découverte de la sexualité. Elles vont se poursuivre à la période œdipienne.

Ainsi, vont se structurer des fantasmes liés à la scène primitive accompagnés d'un certain exhibitionnisme et voyeurisme. L'enfant va avoir une conception sadique du coït correspondant plus à une activité fantasmatique qu'à une confrontation avec une éventuelle réalité. L'acte sexuel est perçu comme un traumatisme pour la mère. Freud pose la question de savoir si la réalité vient construire le fantasme ou si le fantasme déjà présent est conforté par la réalité.

Concernant la fécondation, l'enfant va imaginer que l'on peut faire un bébé en s'embrassant, par exhibition des parties génitales, par ingestion de certains aliments... Il peut faire des théories sur l'accouchement avec souvent des descriptions sanglantes du corps maternelle. L'enfant devient un véritable théoricien.




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