1. Le modèle de Rothi, Ochipa et Heilman (1991), Rothi et al, (1997)

1.1. Schéma

mod_le_rothi.jpg

1.2. Description du modèle

Le modèle de Rothi et al suppose trois voies d'entrée à l'exécution d'un geste:

  • la voie auditivo-verbale: donner un ordre: quel est le geste pour planter un clou?
  • la voie visuelle: quel geste fait-on avec cet objet?
  • la voie visuelle par imitation

Afin d'évaluer la présence ou non d'une apraxie, chacune de ces voies doit être évaluées.

1.2.1. L'analyse perceptive

Le signal d'entrée va être l'objet d'une analyse perceptive visuelle ou auditive.

1.2.2. Le lexique d'action d'entrée

Le lexique d'action d'entrée correspond à un stock visuel des gestes. Il est composé de multiples représentations des gestes que l'on nomme des engrammes moteurs ou visuo-kinesthésiques. Le traitement mis en place à cet étape aboutit à considérer comme identiques des formes physiques différentes, mais de structures semblables, comme par exemple un même geste perçu sous des angles de vue différents.

La détérioration de ces engrammes induirait une incapacité à discriminer et à reconnaitre des gestes, en plus des troubles de l'exécution des pantomimes. A cette étape, on n'a pas encore accès à la signification des gestes.

1.2.3. Le système sémantique

Les engrammes moteurs vont venir activer à un troisième niveau le système sémantique. On aurait alors accès aux connaissances relatives aux objets, à leurs fonctions, aux actions qu'ils permettent. Ce réseau sémantique permettrait d'intégrer des informations de sources différentes (verbales ou non verbales). Il serait unitaire et serait accessible par diverses modalités d'entrées.

1.2.4. Le lexique d'action de sortie

Différents engrammes moteurs vont être activés par reconnaissance sémantique de l'action ou via la voie directe ou les représentations des objets ou des actions.

1.2.5. Les patterns inervatoires

Il s'agit d'une mémoire tampon contrôlant la production des réponses gestuelles, régulée par les cortex moteurs et prémoteurs. Il y a donc une mise en mémoire des différentes composantes du geste, des mouvements avant leur exécution par les systèmes moteurs. Une "apraxie de production" signerait un déficit au niveau des patterns inervatoires: on observerait des capacités de reconnaissances des gestes préservées mais des troubles dans les actions mimées.

1.3. Analyse clinique à partir du modèle de Rothi et al

Le modèle de Rothi et al à été conçu afin d'expliquer l'apraxie idéomotrice, mais il permet également l'interprétation de l'apraxie idéatoire.

Lorsque l'on n'a jamais effectué un geste, comme par exemple les gestes sans signification, il n'existe aucun engramme moteur correspondant à ce geste stocké dans les lexiques d'action. Pour produire ces gestes, nous allons utiliser la voie passant directement du lexique d'action d'entrée au lexique d'action de sortie, sans passer par le système sémantique.

Un déficit au niveau du lexique d'action d'entrée signerait un déficit dans l'analyse du geste.

L'apraxie idéatoire serait due à une lésion au niveau du système sémantique spécifique aux actions.

1.4. Questions Cliniques (réponse en fin d'article)

Cas N°1:

Certains patients ne comprennent pas les gestes exécutés par l'examinateur et ne peuvent discriminer les gestes incorrectement exécutés. Pourtant, ils se révèlent capables de réaliser correctement ces mêmes gestes sur commande orale. Où se situerait le déficit cognitif si on se base sur le modèle de Rothi et al?

Cas N°2:

Certains patients se montrent incapables de comprendre et de discriminer les gestes de l'examinateur tout en étant capables de les imiter. Quelle voie utilise les patients présentant ces déficits?

2. Le modèle de Roy et Square, 1985

2.1. Description du modèle de Roy et Square

Le modèle de Roy et Square décrit trois étapes.

2.1.1. Le système conceptuel

Le système conceptuel ou système sémantique contient les connaissances abstraites sur les actions:

  • connaissances sur les fonctions des objets
  • connaissances sur les actions
  • connaissances sur l'ordre sériel des actions

Un déficit à ce niveau permet d'expliquer les erreurs de type sémantique.

2.1.2. Le système de production de haut niveau

Le système de production de haut niveau contient les connaissances sur l'action dans sa forme sensori-motrice:

  • Attention sur les points clé de l'action
  • Informations sur les programmes, translation de programmes en action, activation des programmes

Le système de production de haut niveau est chargé de la mise en œuvre effective de l'action.

Les erreurs praxiques induites par le système de production par l'incapacité à contrôler la progression d'une séquence d'actions à des endroits critiques de la séquence (ceux partageant des points communs avec d'autres séquences d'action) entrainent des confusions dans les séquences de gestes ou la production d'un geste pour un autre, des erreurs motrices, des télescopages, des inversions et des oublis d'actes.

Ce système serait l'équivalent des patterns inervatoires décrits dans le modèle de Rothi et al.

Le système de production ne peut être testé qu'à travers la production réelle de gestes.

2.1.3. Le système de production de bas niveau

Le système de production de bas niveau contient les mécanismes de contrôle du mouvement, tenant compte des groupes musculaires en jeu et des caractéristiques de l'environnement.

2.2. Analyse clinique à partir du modèle de Roy et Square

Le modèle de Roy et Square ne permet d'expliquer que l'apraxie idéatoire, celle-ci pouvant découler d'une altération d'une atteinte du système conceptuel ou du système de production de haut niveau.

2.2.1. L'apraxie comme désordre du système conceptuel

On retrouve chez les patients concernés:

  • une incapacité à reconnaitre le caractère correct ou incorrect des gestes effectués par l'examinateur. Le sujet manque d'informations sur l'action en jeu.
  • désignation correcte de l'objet correspondant à une fonction particulière mais difficultés pour comprendre les propriétés fonctionnelles d'un objet (par exemple, qu'une pièce de monnaie puisse servir à visser). Cette dissociation suggère un clivage dans la connaissance des fonctions des objets. Les sujets pourraient garder des connaissances concernant l'utilisation la plus fréquente d'un objet mais auront du mal à envisager toutes les utilisations possibles d'un objet. Cependant, parfois, même l'utilisation la plus fréquente peut être perdue.

2.2.2. L'apraxie comme désordre du système de production de haut niveau

Le patient présente trois principaux types d'erreurs:

  • erreurs dans l'exécution de la séquence d'action: omissions, répétitions, troubles de l'ordre de mouvements dans la séquence, difficultés à coordonner les mouvements dans le temps et dans l'espace, à terminer le mouvement.
  • exécution correcte d'actions qui sont inappropriées au regard de la situation (le plus souvent exécution d'un geste associé à celui demandé ou induit par le contexte).
  • omission de l'action, soit parce que la sujet à oublié en quoi elle consiste, ou il ne peut pas exécuter le geste associé à l'objet en question.

3. Conclusion

Il existe une grande complexité autour de la notion d'apraxie t de sa compréhension. Différentes interprétations existent sur le plan cérébral et cognitif mais il n'y a pas toujours un recouvrement entre les deux.


Réponses aux cas cliniques concernant le modèle de Rothi et al

Cas N°1:

Le déficit cognitif se situe au niveau du lexique d'action d'entrée. Le patient ne peut plus analyser les gestes produit par autrui et ne peut donc pas activer le lexique d'action de sortie par cette voie. Le lexique d'action de sortie peut toutefois être activé par le lexique phonologique d'entrée via le système sémantique permettant au patient de réaliser ces gestes sur commande orale.

Cas N°2:

Les patients utilisent la voie directe menant de l'analyse visuelle aux patterns inervatoires ce qui leur permet d'imiter des gestes mais pas de les discriminer n'ayant pas accès aux lexiques d'actions.