1.Définition

L’apraxie est une atteinte de l’activité gestuelle qui ne peut s’expliquer ni par une atteinte motrice (une hémiplégie par exemple), ni par un trouble sensitif ou une atteinte intellectuelle (bien que la coexistence soit possible) (Déjerine, 1914).

L’apraxie est un trouble acquis de l’exécution intentionnelle d’un comportement finalisé, consécutif à une lésion cérébrale focalisée (Signoret, North, 1979).

L’apraxie est une pathologie qui exclu :

  • Les déficits sensori-moteurs
  • Les troubles de compréhension
  • Une détérioration mentale importante



L’apraxie par lésion hémisphérique droite a surtout comme explication des troubles visuo-perceptifs, constructifs ou des troubles du schéma corporel.

L’apraxie par lésion gauche est considérée comme un déficit d’exécution et de programmation motrice. Il semble exister une dominance de l’hémisphère gauche pour l’activité gestuelle des membres.

2.Historique

Liepman (début du 20ème siècle) présenta le cas MT, patient âgé de 48 ans, aphasique et porteur d’une apraxie unilatérale droite décrite comme suit :

  • Trouble au niveau des extrémités droites et lors des mouvements globaux de la tête, du visage et de la langue
  • Pas de problème avec la main gauche (gestes sur consigne orale ou imitation corrects, utilisation d’objets correctes)
  • Pas de trouble de la compréhension verbale, de la reconnaissance visuelle et de l’efficience intellectuelle.

Liepman proposa de définir ce déficit par le terme « d’apraxie idéomotrice », premier terme utilisé pour dénommer l’apraxie. Liepman voulait à partir de cette expression refléter l’idée d’un déficit d’accomplissement des gestes.

2.1.Etude de Liepman

Sur 42 patients étudiés et porteurs d’une lésion cérébrale droite, aucun ne possédait un trouble de l’exécution des gestes ou une aphasie.

Sur les 47 patients étudiés porteurs d’une lésion cérébrale gauche, 20 souffraient d’une apraxie du membre supérieur gauche que Liepman appela « apraxie sympathique ». Parmi eux, 14 présentaient également une aphasie.

2.2.Conclusions sur l’apraxie à partir des études historiques

Il existe une dominance de l’hémisphère gauche pour les fonctions praxiques et l’activité gestuelle des membres ; l’hémisphère gauche contrôle ainsi l’ensemble de l’activité motrice cérébrale c’est à dire l’exécution, la programmation et l’organisation de l’activité gestuelle.

Le substrat neurobiologique des gestes et celui du langage sont voisins mais pas identiques. L’apraxie est fréquemment associée à une aphasie ; cependant, les deux troubles peuvent apparaitre isolément.

Ces premières appellations de l’apraxie n’ont pas été reprises par la suite. Il y a eu plus de 30 appellations différentes de l’apraxie parmi lesquelles on peut distinguer :

  • Les apraxies unilatérales : altération de l’un des membres supérieurs
  • Les apraxies bilatérales : altération des deux membres supérieurs.

Sous le terme d’apraxie gestuelle on regroupe :

  • L’apraxie motrice
  • L’apraxie idéomotrice
  • L’apraxie idéatoire.

Il s’agit ici d’une difficulté située au niveau de l’exécution des gestes par les membres supérieurs, par opposition à l’apraxie de la marche où la gestuelle des membres inférieurs est altérée.

3.Sémiologie du geste et des erreurs praxiques

3.1.Différentes catégories de gestes

3.1.1.Gestes symboliques

Gestes conventionnels au sein d’une culture donnée, n’impliquant pas de support matériel. Ils ont une valeur communicative intrinsèque (salut militaire, envoyer un baiser…).

3.1.2.Gestes expressifs

Pour certains auteurs, ils font parti de la catégorie des gestes symboliques. Il existe une certaine ressemblance entre le geste et ce qu’il représente (il est fou, ça sent mauvais…). Ils sont susceptibles d’être compris par des personnes appartenant à des cultures différentes.

3.1.3.Gestes arbitraires

Gestes sans signification particulière, de posture, sans référence culturelle, souvent effectués par imitation (anneaux, opposition des doigts…).

3.1.4.Gestes de mimes d’utilisation d’objets, pantomimes

Faire semblant de, par exemple couper, gommer, peindre, sans utiliser réellement l’objet.

3.1.5.Gestes d’utilisation réelle d’objets

Gestes simples qui mettent en jeu qu’un seul objet ou séquence gestuelle plus complexe impliquant divers objets (allumer une bougie, préparer une enveloppe pour la poster…).

3.2.Les anomalies de la communication gestuelle

Les différentes erreurs observées lors de la réalisation gestuelle vont nous renseigner sur le type d’apraxie présentée par le patient.

3.2.1.Absence de mouvement

Ici, le patient ne se souvient pas du mouvement à effectuer.

3.2.2.Geste ébauché ou maladroit

Le geste est incorrect mais on reconnait toutefois le mouvement attendu.

3.2.3.Persévérations

Elles sont le plus souvent partielles. Une persévération est une répétition du geste demandé. Il en existe de différentes natures :

  • Répétition du geste effectué ultérieurement
  • Persévération du même mouvement à l’intérieur d’une séquence motrice

3.2.4.Assimilation d’une partie du corps à l’objet

Le patient va par exemple utiliser l’index tendu comme brosse à dent, les doigts comme brosse à cheveux. Il va utiliser une partie de son corps afin de mimer l’objet.

3.2.5.Parapraxie

Il s’agit d’une erreur de geste. Le patient va par exemple faire le salut militaire alors qu’il lui sera demandé de faire le signe de croix.

3.2.6.Erreur dans la succession logique des actes élémentaires voire télescopage de deux actes

Deux actes à effectuer séquentiellement vont être effectués en même temps.

3.2.7.Erreur dans l’utilisation d’un objet voire utilisation d’un objet pour un autre

Dans ce cas, différents types d’erreurs peuvent apparaitre :

  • Erreur sémantique : le geste erroné possède un lien sémantique avec le geste à réaliser
  • Erreur de localisation : par exemple, le patient n’arrive pas à porter son verre à sa bouche
  • Erreur sans aucun lien avec le geste à réaliser