1. Les modèles abstractifs

1.1. Principes généraux

Les modèles abstractifs se situent dans le cadre théorique des systèmes multiples de Mémoire (sémantique, épisodique, procédurale).

Reconnaitre un objet, c'est accéder à des unités symboliques stockées en mémoire sémantique et qui sont abstraites de nos expériences antérieures tout en étant dénuées de tout contexte.

Il existe de nombreuses modélisations de la reconnaissance des objets qui décrivent toutes un cadre commun comportant trois étapes:

  • la perception: le système visuel va traiter les informations visuelles pour construire une description structurée de la forme de l'objet.
  • la reconnaissance de la forme: le produit du traitement perceptif va contacter des représentations stockées de la forme des objets connus (RSS). Autrement dit, on va construire une représentation perceptive qui va s'apparier à une représentation de même nature stockée en mémoire.
  • l'identification: quand une représentation structurale stockée est correctement activée, elle va à son tour activer l'unité de sens (concept) qui lui correspond localisée dans le système sémantique.

1.2. Etape 1: Traitement sensoriel

Le traitement sensoriel a pour objectif d'extraire du stimulus visuel des informations sensorielles de bas niveau:

  • la localisation: les traitements sensoriels nous indiquent qu'il y a quelque chose à un endroit de la scène visuelle.
  • la luminance
  • la couleur
  • le mouvement

Aucune information sur la forme de l'objet n'est extraite.

1.3. Etape 2: Traitements perceptifs

1.3.1. Processus perceptifs précoces

Extraction des caractéristiques élémentaires de la formes que l'on nomme les "primitives visuelles" (les discontinuités, les coins, les bords, les contours de forme différents). Les primitives visuelles sont traitées très précocement et détectées de façon automatique (Treisman).

Les traitements s'appliquent sur la forme globale de l'objet (basses fréquences spatiales) ainsi que sur les détails de l'objet (hautes fréquences spatiales). Ces traitements s'effectuent en parallèle et de façon indépendante.

A l'issu de cette étape, on obtient une liste de traits élémentaire présents dans l'objets à un niveau local et global, qui ne sont pas encore structurés en une forme globale.

1.3.2. Processus perceptifs intermédiaires

Il s'agit de l'étape de synthèse de la forme. Il y a regroupement des différentes unités perceptives extraites à l'étape précédente, et ce à différentes échelles. Ces regroupements se font selon les principes de la théorie de la forme de la Gestalt (regroupement selon la continuité, la clôture, la colinéarité, la similarité...).

Ces traitements aboutissent à une représentation de la forme globale de l'objet ainsi qu'a un ensemble de représentations des différentes parties de l'objet.

Dans un second temps, ces différentes représentations s'intègrent pour former une représentation structurée de l'objet (discrimination figure/fond).

A cette étape, les informations locales vont être utilisées afin d'inférer la profondeur. Autrement dit, chaque partie, point de l'objet va être situé par rapport à l'observateur.

Le produit de cette étape intermédiaire est une représentation en 2D 1/5 de l'objet, car elle est centrée sur l'observateur et dépendante de son point de vue. Il existe donc une multitude de représentations 2D 1/5 possibles pour un même objet, selon le point de vue adopté de l'observateur.

L'identification ne peut suivre cette étape. En effet, l'identification nécessite que la représentation construite de l'objet soit appariée avec une représentation stockée en mémoire. Si l'identification avait lieu à cette étape, cela signifierait qu'il existe autant de représentations stockées d'un objet qu'il existe de points de vues possibles de ce même objet. Ceci est peu plausible car le système ne serait alors pas économique.

1.3.3. Processus perceptifs tardifs

Les processus perceptifs tardifs vont permettre le calcul d'un système de coordonnées propre à l'objet prenant notamment en considération:

  • l'axe d'élongation principal de l'objet
  • les axes des différentes parties de l'objet
  • les positions relatives de ces différents axes: ces différents axes vont être situés les uns par rapport aux autres et non plus en fonction du point de vue de l'observateur.

Le produit de cette étape est une description 3D de l'objet, une représentation unique qui unifie les différentes représentations 2D 1/5 extraites à l'étape précédente. L'objet est donc perçu comme étant le même, quelque soit le point de vue adopté par l'observateur.

1.4. Etape 3: Traitements mnésiques

1.4.1. Pictogènes: représentations structurales stockées

Un pictogène est une représentation prototypique de l'apparence d'une classe d'objets connus. Nous n'avons pas stocké en mémoire l'ensemble des objets vus au cours de nos diverses expériences mais nous avons mémorisé une "moyenne" , par exemple, de tous les verres vus. Le pictogène est une sorte de relai entre l'ensemble des traitements perceptifs et la mémoire sémantique. Lorsqu'on fait l'expérience d'évoquer, d'imaginer un objet, par exemple un arbre, c'est le pictogène qui est activé. Cette représentation sera différente pour chacun d'entre nous car dépendante de nos expériences propres.

L'activation en mémoire d'un pictogène permet une identification de l'objet et non une reconnaissance de cet objet; on peut dore si oui ou non un objet nous ait familier mais on ne peut pas encore le dénommer. Cette étape est facilement mise en évidence grâce au phénomène du "mot sur le bout de la langue" pour désigner le nom d'une objet. Ce phénomène est plus que fréquent également pour els odeurs: on peut dire si oui ou non on connait une odeur particulière au moment où on la sent mais il est difficile d'en trouver le nom, l'origine.

1.4.2. L'identification

L'identification consiste en l'activation, par le pictogène, de la représentation sémantique, stockée en mémoire sémantique, qui lui correspond. On a alors accès aux diverses connaissances relatives à cet objet comme sa fonction, la catégorie à laquelle il appartient, son contexte d'utilisation...

1.4.3. La dénomination

La dénomination de l'objet est une étape ultérieure à l'identification. En effet, certaines pathologies montrent qu'il est possible d'identifier un objet, en connaitre sa fonction, sans pouvoir le dénommer.

Cependant la dénomination n'intervient pas nécessaire après l'identification; il peut y avoir dénomination sans identification. En effet, certains patients montrent une dissociation entre le fait de pouvoir dénommer les objets et le fait de ne pas pouvoir en évoquer ses caractéristiques. Cet caractéristique n'est pas toujours bien expliquée par les divers modèle d'identification visuelle.

2. Schématisation

mod_les.jpg