Si certaines personnes ne parviennent à la satisfaction sexuelle que par le truchement de scénarios fétichistes, sadomasochistes et autres, l’analyste pourrait leur souhaiter une vie amoureuse moins restreinte, moins soumise à des conditions impératives ; mais si ces mises en scène érotiques sont les seules à leur permettre de s’engager dans des relations sexuelles, l’analyste n’a aucune raison justifiée de souhaiter que ces analysants abandonnent leurs pratiques amoureuses, qu’elles soient jugées ou non par autrui comme perverses.

La forme spécifique que revêt la prédilection sexuelle d’un analysant ou d’une analysante ne devient un problème clinique, requérant solution, que dans la mesure où elle provoque des souffrances chez le patient. La question pertinente ne réside pas dans le fait de savoir quels actes et quelles préférences doivent être jugés comme déviants, mais à quel moment on doit considérer une déviation comme une variation de la sexualité adulte dans le contexte d’une relation d’objet significative, et quand on doit la juger symptomatique.

Ceci est bien évidemment valable pour les perversions n’impliquant et n’infligeant une souffrance qu’au déviant lui même. Mais, quand le symptôme pervers s’en prend directement aux idéaux dans la réalité, devient pathologique, troublant l’ordre public et infligeant de graves dommages à des sujets fragiles, la société se trouve dans l’obligation de prendre des mesures correctives à la mesure de l’acte, et c’est absolument nécessaire. Soustraire un pervers aux poursuites pénales, au procès, et même à l’incarcération sous prétexte qu‘il souffre d’un déséquilibre comme l’ont pensé les aliénistes du 19è siècle ne peut que l’enfermer dans sa pratique. Dans la mesure où il défie inconsciemment la loi il est nécessaire qu’il ait affaire à elle; dans la mesure où il ne se contrôle plus, il faut absolument l’empêcher de nuire.

Mais bien évidemment cela ne suffit pas: la proportion des procès et des incarcérations de pervers n’a cessé de croître ces dernières années en raison d’une meilleure information, et pourtant les délits n’ont pas diminué, au contraire. C’est pourquoi la plupart des peines infligées aujourd’hui aux pervers sont assorties d’une «injonction de soins ». On met à leur disposition dans les dispensaires, les hôpitaux et les prisons des thérapeutes spécialisés dans leur prise en charge. Il y aurait encore beaucoup à faire pour qu’ils soient en nombre suffisant, mieux formés et plus facilement accessibles, mais on peut au moins signaler les diverses thérapeutiques auxquelles ils font appel.

Les thérapeutiques actives: Plusieurs points de vue rentrent ici en ligne de compte:

  • Celui des sexologues qui tendent à considérer qu’il faut rééduquer une particularité sexuelle comme on rééduque une hétérosexualité défaillante, en invitant celui ou celle qui s’en réclame à l’assumer sans complexes et sans agresser qui que ce soit.
  • Celui des thérapies actives qui estiment que la perversion résulte d’une déviation précoce et qu’il est possible d’y remédier. Ils préconisent selon les cas :

Les méthodes de déconditionnement : deux méthodes ont été surtout utilisées jusqu’ici :

L’inhibition réciproque ou contre-conditionnement. Elle consiste à déceler une hiérarchie de stimuli qui provoquent le comportement pervers, puis à les faire revivre par le sujet dans des conditions acceptables.

La thérapie par l’aversion ou déconditionnement proprement dit, qui vise à associer les objets ou les images excitantes à des expériences particulièrement pénibles. Le contre-conditionnement a surtout été utilisé pour l’exhibitionnisme (Wolpe) et le déconditionnement pour le fétichisme et le travestisme.

Le recours aux médicaments adaptés: on a préconisé en certains cas l’usage d’hormones féminines pour l’homme, mais les risques secondaires (atrophie irréversible des testicules) conduisent à y renoncer. Par contre, certains sédatifs peuvent se révéler efficaces aux périodes critiques, dans les cas où le sujet est menacé d’impulsion. En tout état de cause, il n’existe pas actuellement de médicament spécifique, hormis les anti-androgènes dont l’action reste assez limitée.

La castration chirurgicale: en France, ce type d’intervention est condamné par la loi. En d’autres pays, il peut être pratiqué sous deux formes: soit en intervenant au niveau de certains centres nerveux; soit au niveau du sexe lui-même. Même pratiquée avec l’accord du sujet et dans les cas les plus graves (viol d’enfants), la castration chirurgicale demeure inadmissible : non seulement elle ne procure pas à sa victime le soulagement qu’il pourrait en attendre (d’autres tendances apparaissent aussi insoutenables pour lui) mais elle manifeste une incompréhension du comportement pervers qui n’est pas sans conséquences.

Quelle que soit la méthode, aucune avancée sérieuse et durable n’est possible sans proposer au pervers une réflexion rigoureuse et approfondie, ce qui relève de deux autres approches :

  • Celle des thérapeutes de couple ou des thérapeutes de groupes qui considèrent les perversions comme des déviances sexuelles qu’il importe avant tout de situer dans l’ensemble du fonctionnement familial ou social tout entier : cela peut conduire à la constitution de communautés thérapeutiques comme il en existe un certain nombre aux Etats-Unis.
  • Celle des psychanalystes et des psychothérapeutes qui soulignent à juste titre que l’obligation de soins ne saurait suffire et qu’il faut que le sujet pervers exprime une véritable demande. Celle-ci peut advenir au cours des premiers entretiens, lorsque le thérapeute parvient à établir un authentique climat d’écoute en dépassant ses a priori éthiques ou moraux. Commence alors un travail de longue haleine qui doit permettre un réaménagement de la problématique perverse de telle façon qu’elle offre au sujet concerné la possibilité d’y exprimer ses désirs sans céder aux excès du symptôme.