bouff_e_d_lirante_aigue.jpg La bouffée délirante aiguë désigne des états psychotiques d’installation brutale, caractérisés par la richesse et le polymorphisme des phénomènes délirants et par la brièveté de l’épisode (quelques semaines), épisode totalement résolutif. Cette symptomatologie associe des manifestations délirantes à des troubles de l'humeur.
C’est en 1893 que Magnan isole « les délires polymorphes des dégénérés » et, en 1895, il distingue à l’intérieur de ce groupe « les bouffées délirantes polymorphes » ; sa description reste d’actualité.

Critères du DSM IV

Dans le DSM IV la bouffée délirante aiguë est reprise sous le nom de « trouble psychotique bref » dont voici les caractéristiques :

A. Présence d’un (ou plus) des symptômes suivants :

(1) Idées délirantes

(2) Hallucinations

(3) Discours désorganisés (c’est à dire coq-à-l’âne ou incohérence)

(4) Comportement grossièrement désorganisé ou catatonique

B. Au cours d’un épisode, la perturbation persiste au moins un jour, mais moins d’un mois, avec retour complet au niveau de fonctionnement pré-morbide.

C. La perturbation n’est pas mieux expliquée par un trouble de l’humeur avec caractéristiques psychotiques, un trouble schizoaffectif, ou une schizophrénie et n’est pas due aux effets psychologiques directs d’uns substance ou d’une affection médicale générale.

La CIM 10 décrit « les troubles psychotiques aigus et transitoires ».

Description clinique de la bouffée délirante aiguë

Il s’agit d’un épisode délirant aigu, à début brutal, polymorphe (multiples thèmes et multiples mécanismes dont des hallucinations et un automatisme mental), vécu avec conviction, avec variabilité et labilité de l’humeur (passage de l’angoisse à la dépression et à l’élation…), sans confusion mentale marquée mais avec, souvent, des expériences de dépersonnalisation et de déréalisation et à évolution favorable à court terme.

2.1 Début et circonstances d’apparition

La bouffée délirante aiguë concerne généralement les sujets jeunes. Elle est d’apparition extrêmement brutale, apparaissant en quelques heures et établissant ainsi une véritable rupture avec le comportement et l’état antérieur. Son installation se fait en quelques heures. On parle « d’explosion délirante », souvent précédée pendant deux à trois jours d’une phase d’inquiétudes, avec un sentiment de menace, des propos bizarres, des troubles du sommeil, voire une euphorie avec une sûreté de soi excessive.

Parfois, l’épisode délirant aigu semble pouvoir être mis en relation avec un traumatisme psychique, mais la plupart du temps, elle survient sans véritable cause apparente.

2.2 Le délire polymorphe

Il est caractérisé par un nombre important d’idées délirantes qui s’enchaînent sans systématisation. Ce délire comporte:

  • un automatisme mental: le sujet a l’impression qu'on lui dicte ses pensées, ses idées, ses émotions, qu'on commente ses actes. Il s'agit d'un phénomène intrapsychique où le sujet à l'impression que quelqu'un d'autre contrôle son psychisme, qu'il n'a plus le contrôle de lui même.
  • des hallucinations: auditives (le sujet croit entendre des voix qu'il est le seul à percevoir), visuelles, cénesthésiques (le sujet ressent des sensations dans son corps qui sont irréelles).
  • des intuitions soudaines

Le délire n’est pas organisé autour d’un thème unique ; on retrouve des idées de persécution, de grandeur, érotiques, mystiques, de possession, d’influence… A ce délire vont s’associer des hallucinations psychosensorielles et psychiques, des interprétations, des intuitions… Le délire change de forme et e contenu ainsi que d’intensité très rapidement. Il est vécu avec une adhésion totale du patient.

La perception de soi et de l’environnement est fortement modifiée. Une dépersonnalisation est toujours présente avec sentiments de bizarrerie, des distorsions perceptives dans les rapports à la réalité… Il va avoir l'impression que quelque chose d'insolite se passe en lui, une impression de dédoublement de la personnalité, un sentiment de perte des ses références habituelles.

Le comportement observable montre une logorrhée intarissable alternant avec des phases de mutisme, une excitation motrice, d’agitation anxieuse ou de stupeur. On peut alors rencontrer des épisodes de fugues et des actes médico-légaux.Ces agressions imposent le recours à une hospitalisation d'urgence et nécessitent l'intervention des autorités.

L'état de conscience du patient est peu modifié, le sujet parvenant à s'orienter dans le temps et dans l'espace. Certains auteurs parlent alors d'état de conscience proche du rêve comprenant beaucoup de productions imaginaires.

L’orientation temporo-spatiale reste correcte.

2.3 Les troubles de l’humeur

Les troubles de l’humeur sont constants et très fluctuants. Un état maniaque, où le sujet est alors expansif, exalté, euphorique va alterner avec des phases de types mélancoliques où le sujet sera en proie à une angoisse intense, des idées de mort ou de catastrophe imminente. Les troubles somatiques sont rares et discrets lorsqu’ils existent.

Evolution

La fin de l’accès est quelquefois brusque, survenant au bout de quelques jours ou de quelques semaines. Elle se fait sans séquelles et sans complication mentale, le patient se souvenant et critiquant l’épisode délirant.

L’absence de cette guérison en quelques semaines (au ddelà de six semaines) fera craindre une évolution schizophrénique et permettra de rejeter le diagnostic de BDA. En effet, lorsqu’un épisode délirant survient, le problème est de savoir si on se situe dans le cadre d’une BDA ou d’un processus d’entrée dans la schizophrénie. Les éléments de mauvais pronostic faisant craindre l’entrée dans une psychose chronique sont l’importance de l’automatisme mental, la systématisation des idées délirantes, la longueur de la crise, la résistance aux thérapeutiques, la critique imparfaite après résolution ou une résolution incomplète du délire. 25 à 30% des cas ont une issues favorables sans récidives. 30 à 50% des cas évoluent vers une récidive fréquente: évolution vers une psychose maniaco-dépressive, des troubles de l'humeur. 15 à 30% des cas évoluent vers une schizophrénie chronique après un ou plusieurs BDA.

Les éléments de bon pronostic sont la soudaineté du délire, sa richesse imaginative, l’importance des troubles de la conscience, la dramatisation théâtrale et la brièveté de la crise.

Afin de connaitre les éléments de l'évolution, il faut tenir compte des aspects étiologiques de la BDA tels que:

  • le contexte d'apparition de la BDA; y-a-t-il un évènement déclencheur?
  • la personnalité pré-morbide du patient
  • présences d'antécédents familiaux
  • présences d'antécédents somatiques

Concernant la personnalité pré-morbide, une BDA peut survenir sur une personnalité déjà pathologique. Elle peut être également liée à un traumatisme émotionnel comme un deuil, un échec affectif ou professionnel, un changement de milieu.

Une BDA peut également survenir à la suite de facteurs physiques, organiques: maladie infectieuse, choc traumatique physique. Elle peut faire suite à des expériences toxiques (alcool, cocaïne, drogues hallucinogènes).




Biographie : MAGNAN JACQUES JOSEPH VALENTIN (1835-1916) ; Source : Encyclopédie Universalis

Psychiatre français. Après des études de médecine à Montpellier et à Lyon, Magnan vient à Paris, où il est reçu au concours de l’internat des hôpitaux. Il y apprend la psychiatrie dans les services de Marce, Lucas, J.-P. Falret et Baillarger. Nommé « médecin interne » du tout nouveau service d’admission de l’hôpital Sainte-Anne, en 1867, il en devient le seul médecin en chef en 1879. Présenté en 1877 pour la nouvelle chaire de clinique des maladies mentales, il se voit préférer, pour des raisons politiques, son concurrent B. Ball. Membre de l’Académie de médecine, il en devient président et termine sa carrière dans ce même service des admissions, où son enseignement attire beaucoup plus d’auditeurs que celui qui se donne officiellement de l’autre côté de la cour de l’hôpital Sainte-Anne.

Ses travaux sont d’abord consacrés à des études anatomo-cliniques (pour lesquelles il utilise les méthodes de Claude Bernard dont il a été l’élève) sur les troubles mentaux secondaires provoqués par des intoxications par l’alcool, l’essence d’absinthe, les aldéhydes et la cocaïne (Études cliniques sur l’alcoolisme, 1874 ; Recherches sur les centres nerveux, 1876), mais surtout, reprenant les idées de Moreau (de Tours) et de Morel sur la dégénérescence, il étend considérablement le domaine de la folie héréditaire des dégénérés, dont « tous les symptômes psychiques reposent sur un fond spécial, la déséquilibration mentale » (Leçons cliniques sur la folie héréditaire, 1886 ; Leçons cliniques sur les maladies mentales, 1890 et 1897). Il répartit la dégénérescence en quatre classes : l’idiotie, l’imbécillité, la débilité mentale et le déséquilibre mental simple. Les « délires des dégénérés », en particulier dans leur forme spécifique de « bouffées délirantes polymorphes », constituent une des plus originales de ses conceptions. Il distingue soigneusement ces délires d’autres espèces morbides, telles que la folie intermittente et le délire chronique. Pour ce dernier, il reprend la célèbre description des délires de persécution de J. Lasègue, en en précisant la marche régulière et systématique qui évolue vers la mégalomanie.

Sur le plan thérapeutique, Magnan est résolument partisan du no-restraint et de la suppression de l’isolement cellulaire. En revanche, il recommande l’alitement, en faisant une véritable méthode de clinothérapie. Il s’intéresse vivement aux problèmes d’assistance, et demande le rajeunissement et la transformation des asiles, en considérant que l’organisation du service médical des aliénés doit demeurer la clé de voûte du traitement. Malgré la fragilité de sa classification nosographique, l’importance exagérée qu’elle donne à l’hérédité, l’aspect discret de certaines de ses recommandations thérapeutiques, l’œuvre psychiatrique de Magnan reste encore actuellement utile pour la clinique.




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