Etymologiquement, le mot « incestus » signifie « non chaste » en latin. Selon le dictionnaire Robert, l’inceste est le fait de relations sexuelles entre des parents proches. L’inceste réside dans la tentative ou l’accomplissement de relations sexuels entre ascendants et descendants (père/fille) ou entre collatéraux (frère/sœur).

Au plan juridique, l’inceste est défini comme l’union illicite entre deux individus qui sont parents ou alliés à un degré prohibé par la loi pour contracter un mariage civil.

De très nombreuses affaires d’inceste n’arrivent jamais au niveau judiciaire. Des travaux américains font état que deux affaires sur 50 connaissent un développement judiciaire. Les policiers français estiment que 75% des affaires échappent à leur connaissance. La dénonciation est le fait de la mère dans 30% des cas, des personnes de l’entourage ou de la rumeur publique dans 22% des cas, de la victime elle-même dans 11% des cas. 25% des affaires sont découvertes à l’occasion d’une enquête ou d’une naissance d’un enfant incestueux.

La victime dénonce lorsqu’elle se sait en sécurité, lorsqu’elle parvient à surmonter sa peur, son dégoût, sa honte, avant de se confier. La peur, la honte, la médiocrité, la résignation, la lâcheté, le fatalisme, la crainte des représailles sont souvent évoqués par l’entourage pour justifier de leur silence. Par fois, de véritables réunions, conseils de familles s’organisent afin de décider d’étouffer les faits, de retirer la plainte ; c’est la conspiration du silence.



Inceste et législation





Le terme d'inceste n'est mentionné dans aucun des deux principaux codes (pénal et civil) du droit français. Il a disparu du code pénal après la révolution de 1789. La loi lui a substitué la reconnaissance, comme circonstance aggravante, du fait qu'une agression sexuelle, une atteinte sexuelle ou un viol sur un mineur soit commis par un parent ou tuteur (« ascendant légitime naturel ou adoptif ou toute personne ayant autorité sur la victime »).

Rappelons qu'une atteinte sexuelle qualifie une relation sexuelle consentie ; elle n'est illégale que si elle est commise par un majeur sur un mineur de moins de 15 ans (articles 227-25 à 227-27 du code pénal) ou par une personne (pas nécessairement majeure) ayant autorité sur un mineur de moins de 18 ans, sauf émancipation par mariage ; c'est un délit (jugé devant un tribunal correctionnel). La corruption de mineur (227-22) est un autre délit, qui n'implique ni contacts ni relations sexuelles, mais (entre autres) l'exposition à du matériel pornographique ou à des scènes sexuelles. Une agression sexuelle est une relation sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise (222-22). Enfin un viol est une agression sexuelle comportant une pénétration. C'est un crime, jugé en cour d'assises. Dans tous les cas, il y a des circonstances aggravantes, entre autres si l'auteur a une autorité sur la victime ou si c'est un ascendant n'ayant pas l'autorité. Le consentement est réputé valable à 15 ans (18 si autorité).

En dehors de ces cas, une relation sexuelle incestueuse consentie entre individus majeurs n'est donc pas une infraction.

Le Code civil interdit toutefois le mariage entre parents en ligne directe (article 161), frère et sœur (article 162), oncle et nièce, et tante et neveu (article 163). Il interdit également l’adoption d’un enfant né d’un inceste par son père biologique, si ce père est le frère ou le parent en ligne directe de la mère (article 334-10). Cette disposition permet de ne pas reconnaître la parenté conjointe des incestueux. La Cour de cassation l'a confirmé dans sa jurisprudence (arrêt du 6 janvier 2004).



Facteurs explicatifs de l’inceste





Concernant les facteurs explicatifs de l’inceste, nous pouvons relever :

  • La confusion des générations, l’absence de repères entre parents et enfants : dans certain cas d’inceste, on peut constater que le père a tendance à remplacer sa femme par sa fille ou l’une de ses filles, laquelle devient une véritable compagne. Des liens amoureux plus ou moins forts, plus ou moins durables et chargés de sensualité et de tendresse se tissent enter « l’auteur » et la « victime ». Lorsque la liaison n’est pas brisée par une dénonciation ou par une grossesse, elle se flétrit lorsque la fille atteint sa 16ème, 18ème année. Le père se retrouve confronté à des rivaux plus jeunes, confidents de la relation incestueuse et parfois dénonciateurs (ou du moins instigateurs à cette dénonciation).
  • L’alcoolisme paternel : l’ivresse facilite le passage à l’acte en exagérant certaines pulsions agressives et en diminuant la résistance par dissolution du contrôle volontaire et des interdits moraux.
  • Les antécédents de carences affectives et d’abus sexuels des parents chez le père.



Organisation de l’inceste





Lieux

Le plus souvent, l’inceste se déroule dans une maison d’habitation ou un appartement qui est généralement celui de l’auteur ou de la victime. Les pièces les plus privilégiées sont la chambre à coucher, la salle de bains, le cabinet de toilettes, le salon (le plus souvent, sur un canapé, devant un poste de télévision).

Ces déviances sexuelles sont aussi perpétrées dans des véhicules (voitures particulières, camions, trains, caravanes) mais aussi dans les champs, des bois, des chemins, des parloirs de centre de détention, des hôpitaux, des bureaux syndicaux…

Temps

L’inceste a généralement lieu lors de l’absence momentanée ou prolongée de la ou des personnes vivant sous le même toit, lors du droit de visite (très fréquent) ou de la garde des enfants qui sont confiés pendant les vacances, le week-end, parfois à l’occasion de réunions familiales.

Durée

L’acte peut être unique ou perdurer depuis des mois voire des années (nombreuses affaires font état de relations qui ont duré jusqu’à 20 ans).

Moyens employés

Violence, contrainte morale ou physique, surprise, menace, représailles, chantage, intimidation, humiliation, brimades, brutalité de toutes natures reviennent le plus souvent.

L’usage de drogues, de somnifères, la promesse de récompenses ou de cadeaux, la menace de mort ou de suicide, l’utilisation de couteaux, d’armes les plus diverses (bâton, barre de fer, fouet) sont parfois retrouvés.



Clinique de l’inceste





Dans 90% des cas, la relation incestueuse est de type père/fille ou beau père/belle fille, avec le plus souvent une complicité plus ou moins consciente et un silence implicite de la mère. Les mères incestueuses existent très certainement (voir plus bas) mais les affaires judiciaires les concernant sont plus rares.

L’âge moyen des pères incestueux se situe aux alentours de 40 ans. Une psychorigidité, un égocentrisme, une tendance à l’autoritarisme, la toute puissance, l’insatisfaction de soi, la perversité et la reproduction du lien œdipien à travers l’enfant sont les traits de personnalité les plus souvent rencontrés chez les pères incestueux avec souci d’un conformisme social de façade.

Actuellement, la plupart des cliniciens s’accordent pour dire que l’abus sexuel peut survenir dans n’importe quel type de famille. Toutefois, trois types de familles à inceste ont été décrites :

  • La famille rigide et totalitaire : le père détient une position de tyran domestique. Sa femme lui est soumise et/ou adhère à son autorité. Dans ces familles, les filles sont soumises à la terreur du père. Quand l’inceste est dévoilée à la mère, celle-ci accuse ses filles de fabulation.
  • La famille fusionnelle : les différents membres de la familles sont enchevêtrés et dévoués les uns aux autres. C’est dans ces familles que l’on retrouve l’absence de repère dans les rôles des parents et des enfants. Ici, le père s’occupe beaucoup de ses enfants, de manière aimante, comme pour combler un manque affectif. Si l’inceste est dénoncé dans ces familles, le père ne nie pas les faits et se sent coupable.
  • La famille chaotique : l’instabilité et l’insécurité y sont les règles principales. Le cadre familial est insécurisant, la famille vivant sans aucun véritable projet. Ce type de famille a tendance à l’isolement social en raison soit d’une méfiance de l’entourage, soit d’un sentiment de honte par rapport à son mode de vie. En général, les cadets de ces familles subissent les assauts incestueux de leurs aînés qui, en cas de découverte de l’abus, ont du mal à concevoir qu’ils aient commis un délit.

Lorsque les pères sont interrogés sur leur comportement incestueux, les principales raisons évoquées sont :

  • l’absence de rapports sexuels avec l’épouse (hospitalisation, veuvage). Dans ce cas, les filles vont remplacer leur mère.
  • La punition, initiation des enfants
  • La vérification de la virginité de l’enfant, de sa propreté
  • La vengeance vis à vis d’une épouse qualifiée d’infidèle
  • Le mysticisme (actes commandés par Dieu)
  • La pédagogie, en réponse à la question "comment fait-on un enfant ?"
  • Le droit de cuissage
  • La provocation de la victime
  • Le jeu

Le cas des mères incestueuses

Dysthymie, alcoolisme, psychose, état limite sont les diagnostiques psychiatriques retrouvés chez les mères incestueuses. Certaines mères atteintes de dépression subissent voire participent aux pratiques incestueuses de leur mari ou de leur compagnon.

De même, des affects dépressifs sont retrouvés chez les mères qui entretiennent des relations incestueuses avec un fils handicapé sur le plan physique. Dans ce cas, il ressort que l’acte est induit par une intolérance à la frustration sexuelle de leur enfant ( aide à la masturbation qui peut conduire à d’autres activités génitales).



Clinique de la personne incestée





Chez le jeune enfant

Si l’inceste est effectué avec de la violence, on peut constater l’apparition d’un stress post traumatique avec des troubles du sommeil, des cauchemars, l’évitement de certaines situations, des plaintes somatiques, des fugues, une méfiance importante et une agressivité à l’égard des adultes, une dépression pouvant conduire à la tentative de suicide.

Des troubles du comportements peuvent également être observés avec des manifestations phobiques et/ou obsessionnelles. Certaines enfants incestés sont retrouvés procédants à l’identique que leur agresseur sur d’autres enfants. Peuvent également apparaître une énurésie, une encoprésie (incontinence des matières fécales) et une somatisation importante.

Des problèmes scolaires peuvent survenir avec une baisse des résultats et des problèmes de concentration.

Chez l’adolescent

L’adolescent incesté peut arriver à masquer plus facilement ses angoisses. Cependant, l’absence totale de symptôme représente un critère de gravité car la relation incestueuse semble alors satisfaisante et vécue sans culpabilité dégoût…

Néanmoins, les troubles les plus fréquemment observés sont des réactions violentes lors de l’apparition des menstruations, le refus de la féminité, des douleurs abdominales intenses, des tentatives de suicides itératives, l’apparition soudaine de comportements délinquants, une agressivité incompréhensible à l’égard des femmes, des agressions voire des viols à l’égard des enfants, des troubles psychotiques avec délire. On sait que, pour ces jeunes, le risque de délinquance, de toxicomanie et de prostitution est très important.

Chez l’adulte

Devenue adulte, la victime incestée présente des troubles variés : dépression, anorexie, boulimie, phobies, inhibition, émotivité, cauchemars… Dans certaines cas, le développement de la personnalité ne se fait pas de manière harmonieuse avec des fixations sadomasochistes, une perte de l’estime de soi, des troubles de la sexualité (sexualité inexistante, peur de la sexualité, frigidité).




Voir aussi...

Ouvrages

Les comportements violents et dangereux