L’objectif de ce travail consistait à répliquer une partie de l’étude d’Amieva et al (2002) afin de vérifier l’hypothèse selon laquelle, au cours de la DTA, seuls les processus inhibiteurs contrôlés sont altérés, les mécanismes inhibiteurs automatiques étant efficients. Pour ce faire, nous avons administré à deux groupes de sujets, l’un constitué de sujets âgés normaux, l’autre de patients atteints de la DTA à un stade léger, deux épreuves censées mettre en jeu des processus inhibiteurs contrôlés. Les paradigmes utilisés revoient au mécanisme d’inhibition permettent d’empêcher la réalisation d’une réponse prédominante, automatique. Il s’agit de la tâche de Go/nogo (où une réponse motrice doit être inhibée) et de la tâche de Stroop (nécessitant l’inhibition d’une réponse verbale prédominante). L’originalité de notre étude consistait à faire varier au sein de ces tâche le degré d’implication des processus inhibiteurs contrôlés nécessaires à leur réalisation.

L’hypothèse selon laquelle les performances des patients DTA seraient significativement plus faibles que celles des sujets contrôles dans chacune des deux tâches n’est que partiellement validée. En effet, nous supposions que, comme ces deux tâches nécessitent la mise en œuvre de mécanismes inhibiteurs contrôlés, les patients DTA auraient des difficultés à les réaliser correctement. Autrement dit, si les patients DTA présentent un déficit des processus consistant à empêcher la réalisation d’une réponse automatique, alors ils auraient dû présenter une tendance à laisser une réponse saillante guider leurs réponses. Ceci devait avoir pour conséquence la non prise en considération des informations plus pertinentes afin d’effectuer l’activité en cours conduisant à des difficultés dans la réalisation des tâches proposées. Les résultats montrent que les patients DTA ont effectivement plus de difficultés à effectuer la tâche de Stroop que les sujets âgés normaux. Cependant, concernant la tâche de Go/nogo, on constate que les performances des patients DTA sont similaires à celles des sujets contrôles.

Plus précisément, concernant la tâche de Go/nogo, nous avions émis l’hypothèse que les patients DTA seraient plus lents pour effectuer la tâche et commettraient plus d’erreurs de type " no-go ". En effet, ces dernières, également appelées erreurs de type " commission ", reflètent l’incapacité à réfréner les réponses aux stimuli distracteurs. Cependant, les résultats montrent des temps de réponse ainsi qu’un nombre moyen d’erreurs similaires pour les deux groupes de sujets.

De plus, nous avions supposé que le temps moyen de réponse serait plus élevé lors de la réalisation de la condition " Go/nogo 80 " par rapport à la condition " Go/nogo 50 ". ces deux conditions ont été crées suite aux résultats obtenus par Amieva et al (2002) et Colette et al (2002). Dans ces recherches les résultats observés ne permettaient pas de conclure à une atteinte des processus inhibiteurs contrôlés dans la DTA car les performances des patients DTA et des sujets âgés normaux étaient similaires. Il a alors été suggéré que les tâches proposées par les auteurs n’étaient pas assez exigeantes sur le plan des capacités d’inhibition pour mettre à jour des différences significatives entre patients DTA et sujets normaux. En outre, dans les paradigmes proposés, la proportions d’essais " go " et " no-go " était équivalente. Nous avons donc conçu la condition " Go/nogo 80 " afin d’augmenter la difficulté de la tâche. En effet, dans la condition " Go/nogo 50 ", le nombre d’essais " go " étant moins importants que dans la condition " Go/nogo 80 ", le contrôle inhibiteurs mis en œuvre lors de l’apparition des essais " no-go " devrait être moins prégnant. Nous avions alors suggéré que l’augmentation des essais " go " par rapport à celui des essais " no-go " engendrerait une plus forte activation de la réponse motrice et, par conséquent, une suppression plus difficile de cette dernière. Cependant, les résultats ne mettent pas à jour de différence au niveau des temps de réponse entre les deux conditions, répliquant les résultats des études d’Amieva et al (2002) et Colette et al, (2002).. Une interprétation possible de ces résultats consiste à dire qu’en augmentant le nombre d’essais " go ", nous avons augmenter la difficulté à supprimer la réponse motrice mais peut être pas le contrôle exercé par les sujets sur les mécanismes inhibiteurs en comparaison de la condition où le nombre d’essais " go " et " no-go " sont similaires. En effet, dans la condition " Go/nogo 50 ", le contrôle de l’inhibition à produire sur la réponse motrice reste important même ci celle-ci n’est pas prédominante.

Enfin, les résultats observés vont à l’encontre de notre hypothèse selon laquelle l’augmentation du temps moyen de réponse et du nombre moyen d’erreurs entre les conditions " Go/nogo 50 " et " Go/nogo 80 " serait plus importante chez les sujets DTA comparativement aux sujets contrôles. En effet, la différence entre les temps moyen de réponse et le nombre moyen d’erreurs ne diffèrent pas significativement entre les patients DTA et les sujets contrôles. Ainsi, conformément aux résultats obtenus par Amieva et al (2002) et Colette et al (2002), les patients DTA semblent présenter des processus inhibiteurs contrôlés d’une réponse motrice efficients puisque leurs performances ne diffèrent pas de celles de sujets âgés normaux.

Concernant les résultats obtenus à la tâche de Stroop, nous nous attendions à ce que les différences de performances entre les patients DTA et les sujets contrôles varient selon la condition considérée. Ainsi, notre première hypothèse prédisait que, pour la condition de " dénomination " de rectangles de couleurs, les performances des deux groupes seraient équivalentes. En effet, aucun processus inhibiteur contrôlé n’est requis pour effectuer cette tâche. De ce fait, le temps moyen de réponse ainsi que le nombre moyen d’erreurs ne devaient pas différer entre les patients DTA et les sujets contrôles. Hors, les résultats de notre recherche vont à l’encontre de cette prédiction. En effet, on relève que le temps moyen de réponse ainsi que le nombre moyen d’erreurs produient par les patients DTA sont significativement plus importants que ceux observés pour les sujets contrôles. Ces résultats vont également à l’encontre de ceux obtenus par Amieva et al (2002) qui n’observait pas de différence significative entre les performances des patients DTA et celles des sujets contrôles pour la condition de " dénomination " de rectangles de couleurs. Il semble important alors d’évoquer que dans l’étude se Spieler et al, (1996), les auteurs suspectent une perturbation dans le traitement des couleurs dans la DTA, perturbation pouvant expliquer ces résultats. Une autre interprétation possible à ces résultats consiste à évoquer le fait que la tâche est réalisée sur ordinateur, matériel qui n’est pas familier aux sujets. Il est possible que les patients DTA présentent des difficultés d’adaptation à ce matériel, difficultés les empêchant de réaliser la tâche de façon optimale. Afin de vérifier cette hypothèse, il serait judicieux pour une prochaine expérience de contrebalancer l’ordre de présentation des différentes conditions de la tâche de Stroop. En effet, dans notre étude, cet ordre est resté toujours le même, à savoir la passation de la condition de dénomination de rectangles de couleurs, puis de la condition victoria et enfin de la condition interférence. Si la condition " dénomination " n’est pas présentée en premier, on peut alors supposer ne pas observer de différence entre patients DTA et sujets contrôles dans sa réalisation.

Dans les deux autres conditions expérimentales de la tâche de Stroop, à savoir la condition " victoria " et la " condition interférence ", un contrôle inhibiteur contrôlé est requis afin de les exécuter. De ce fait, nous supposions, pour ces deux conditions, que le temps moyen de réponse ainsi que le nombre moyen d’erreurs seraient plus importants chez les patients DTA comparés aux sujets contrôles. Les résultats observés au niveau des temps moyen de réponse confortent note hypothèse. En effet, les patients DTA mettent plus de temps que les sujets contrôles à réaliser les deux conditions. Ainsi, conformément aux résultats de Spieler et al (1996) ou Amieva et al (2002, 2004), un effet d’interférence plus important chez les patients DTA comparés aux sujets âgés normaux est mis en évidence. Les patients DTA manifestent donc une plus grande sensibilité à l’interférence que les sujets âgés. Ils présentent des capacités altérées lorsqu’ils doivent inhiber une réponse automatique correspondant à la lecture d’un mot afin de produire une réponse moins saillante consistant à dénommer la couleur de l’encre dans laquelle ces mots sont imprimés. Cependant, les résultats obtenus vont à l’encontre de ceux relevés par Rouleau et al (1998). En effet, ces auteurs n’avaient pas observé chez les patients DTA de difficulté pour la réalisation de la tâche de Stroop. Une explication qui avait été donnée pour expliquer la divergence de résultats entre l’étude de Spieler et al (1996) et celle de Rouleau et al (1998) s’appuyait sur des différences au niveau de la procédure utilisée. En effet, Spieler et al (1996) mesurent l’effet d’interférence uniquement pour les réponses correctes. Par contre, la procédure utilisée par Rouleau et al (1998, des cartes de 100 items à lire le plus rapidement possible) ne permettait pas de distinguer les temps pour les réponses correctes et incorrectes. Or, Spieler et al (1996) ont montré que, chez les patents DTA, les temps pour les réponses incorrectes sont significativement inférieurs à ceux des réponses correctes. Par conséquent, il est possible que, dans l’analyse de Rouleau et al (1998), la prise en compte des réponses erronées ait conduit à masquer l’effet d’interférence. Cette explication est possible pour expliquer la différences de résultats obtenus entre les l’étude de Spieler et al (1996) et celle de Rouleau et al (1998) mais elle n’explique pas la divergence observée entres les résultats de notre étude et celle de Rouleau et al (1998). En effet, la même procédure à été utilisée dans les deux études ne permettant pas de distinguer les temps mis pour répondre de façon correcte ou erronée. De plus, l’explication citée précédemment est valide si l’on suppose que les patients DTA commettent suffisamment d’erreurs pour ainsi diminuer le temps mis pour répondre et, par conséquent, masquer l’effet d’interférence au niveau des temps de réponse.

Dans, dans notre étude, et à l’inverse de nos hypothèses, le nombre moyen d’erreurs commises par les patients DTA ne différent pas de celui produit par les sujets contrôles, et ce, pour les deux conditions " victoria " et " interférence ". Nos résultats vont à l’encontre de ceux de Spieler et al (1996) qui observait que les patients DTA présentaient un nombre d’erreurs de type intrusion plus élevé. Les patients DTA avaient une forte tendance à lire le mot écrit plutôt que de dénommer la couleur de l’encre. Les résultats obtenus dans notre étude peuvent s’expliquer en tentant d’aborder la stratégie adoptée par les sujets contrôles afin de réaliser la tâche. On constate que les sujets âgés normaux sont plus rapides pour répondre que les patients DTA mais commettent autant d’erreurs que ceux-ci. On peut supposer alors que la stratégie adoptée par les sujets contrôles consiste à privilégier la rapidité à l’exactitude des réponse. Ils ont choisi de répondre rapidement mais leurs processus inhibiteurs étant moins efficients avec l’âge (comme le montrent Comalli et al, 1962 ; Bruyer et al, 1995 ; Salthouse et Meinz, 1995 ; Spieler et al, 1996), ils nécessitent plus de temps afin d’être efficaces, ce qui les conduit à faire des erreurs. Par opposition, bien que les patients DTA prennent plus de temps pour répondre, cela ne leur permet tout de même pas de supprimer leurs réponses non pertinentes.

Notre troisième hypothèse concernant la tâche de Stroop était relative au fait qu’en utilisant les conditions victoria et interférence, nous cherchions à moduler le degré d’implication des processus inhibiteurs contrôlés. En effet, nous avions émis l’hypothèse que le niveau d’implication des processus inhibiteurs contrôlés nécessaire à la réalisation de la condition victoria serait moins important que celui mis en œuvre dans la condition interférence. De ce fait, les temps moyen de réponse ainsi que le nombre moyen d’erreurs devaient être plus importants pour la condition interférence comparée à la condition victoria pour tous les sujets. Nos résultats semblent conforter cette hypothèse. En effet, le temps moyen de réponse et le nombre moyen d’erreurs semblent plus importants pour la condition interférence comparée à la condition victoria. Une hypothèses d’interaction a alors était soulevée. Nous supposions que la différence de performance (au niveau des temps de réponse et du nombre d’erreurs) entre les conditions victoria et interférence serait plus importante chez les patients DTA comparée aux sujets âgés normaux. Cette effet d’interaction n’est que tendanciellement retrouvé au niveau des temps moyen de réponse mais pas lorsqu’on examine le nombre moyen d’erreurs. En effet, les sujets mettent plus de temps pour réaliser la condition interférence de la tâche de Stroop que la condition victoria. Cette différence de temps entre les deux conditions est légèrement plus importante pour les patients Alzheimer par rapport aux sujets contrôles. Il apparaît donc que, dans la condition victoria, l’information à inhibe est moins saillante que dans la condition interférence. De ce fait, le contrôle inhibiteur nécessaire à leur réalisation n’est pas le même ; il est plus important pour la condition interférence. Ceci entraîne la chute des performances des patients DTA dans la condition interférence alors que pour la condition victoria, même s’ils sont plus ralentis que les sujets contrôles, leurs performances restent correcte. L’hypothèse selon laquelle le contrôle inhibiteur impliqué dans la condition victoria est moindre que celui mis en œuvre dans la condition interférence reste tout de même à émettre avec précaution. En effet, l’hypothèse que la condition victoria génère une interférence moins important n’est que partiellement confirmée par l’obtention d’une différence légère au niveau des temps moyen de réponse, elle ne l’est pas si l’on examine le nombre moyen d’erreurs. En effet, même si plus d’erreurs semblent commises pur la condition interférence, la différence de performance entre les deux groupes de sujets restent la même ; pour les deux conditions victoria et interférence, patients DTA et sujets contrôles émettent le même nombre d’erreurs. Etant donné que l’effet escompté n’est pas obtenu, nous devons nous interroger sur le fait qu’à travers ces deux conditions, nous manipulons bien le degré de contrôle exercé par les sujets sur l’inhibition d’une réponse verbale. En effet, il se peut simplement que la condition victoria soit simplement moins difficile à réaliser que la condition interférence, sans que cela ait un rapport avec le contrôle de l’inhibition.

Les résultats relevés pour la tâche de Stroop semblent donc peu aisés à interpréter. En effet, si on se base uniquement sur les temps de réponse, nous pouvons conclure que les patients DTA présentent un déficit important à inhiber une réponse verbale saillante. Si, au contraire, on examine le nombre d’erreurs produites, la conclusion est moins évidente puisque sujets âgés normaux et patients DTA commettent environ le même nombre d’erreurs. De même, il paraît difficile de dire, au vu de nos résultats, que la condition " victoria " représente bien une condition où le contrôle inhibiteur requis est moins important que celui mis en œuvre dans la condition " interférence ". Il semble alors nécessaire afin d’acquérir des résultats supplémentaires et de juger de la validité de notre procédure d’obtenir un nombre plus important de sujets. Il serait judicieux de sonder des personnes âgées normales ayant un âge moins avancés que celui des sujets contrôles de notre étude. En effet, dans notre recherche, les sujets contrôles ont en moyenne 78 ans. Des données développementales (Dulaney et Rogers, 1994) suggèrent une ascension de l’interférence vers 60-65 ans qui se poursuit au delà de 80 ans. Par conséquent, nos sujets contrôles étant âgés, il se peut qu’ils présentent une sensibilité à l’interférence accrue. Ceci pourrait expliquer les effets tendanciels ou l’absence de différence au niveau du nombre d’erreurs ente les deux groupes de sujets. Cependant, concernant le nombre d’erreurs, Spieler et al 1996) évoque le fait que l’effet du vieillissement chez les sujets sains se marquent sur les temps de dénomination des stimuli incongruents mais pas sur l’exactitude des réponses.

Il serait également pertinent d’utiliser la même méthodologie que Spieler et al 1996) à savoir dissocier les temps mis pour donner une bonne réponse ou une réponse erronée. Il faudrait également relever les réponses non corrigées de celles qui sont autocorrigées. En effet, si l’on suppose que les sujets normaux ont une tendance à plus corriger leurs erreurs que les patients DTA, ceci les amène à allonger leurs temps de réponse. De ce fait l’écart observé au niveau des temps de réponse entre les deux groupes de sujets peut s’en trouver diminué.

Comme nous pouvons le constater, la difficulté de l’interprétation des résultats obtenus dans notre étude reflète bien la complexité théorique qui règne autour de l’inhibition.

L’ensemble de ces résultats confirme l’hypothèse d’un déclin des processus inhibiteurs au cours de la DTA (Faust et Balota, 1997 ; Amieva et al, 2004). Cependant, ils vont à l’encontre de l’hypothèse selon laquelle la dichotomie suggérée par Nigg (2000) (qui différencie processus inhibiteurs contrôlés et automatiques) permet d’expliquer les déficits d’inhibition au sein de la DTA. En effet, face à la multitude de résultats contradictoires observés quant à l’atteinte ou non des processus inhibiteurs dans la DTA, certains auteurs (Moulin et al, 2002) avaient proposé que les tâches d’inhibition automatique étaient préservées jusqu’à tardivement dans la progression de la maladie alors que les processus contrôlés étaient atteints de façon précoce. Notre étude, de même que celle réalisée par Amieva et al, (2002) va à l’encontre de cette hypothèse. En ce sens, les patients DTA présentent des difficultés dans la capacité à inhiber une réponse verbale automatique mais ils semblent montrer des compétences préservées lorsqu’ils doivent inhiber une réponse motrice, même lorsque celle-ci est particulièrement saillante. Il apparaît donc, au vu de ces résultats, que tous les processus inhibiteurs contrôlés ne seraient pas altérés au cours de la DTA. Certaines études viennent appuyer cette hypothèse. Ainsi, Mulligan et al (1996) ont mis en évidence une altération des processus inhibiteurs contrôlés chez les patients DTA en utilisant la tâche d’antisaccades. Dans ce paradigme, on montre aux sujets un indice spatial, et on leur donne pour instruction d’ignorer l’indice et de regarder plutôt de l’autre coté de l’écran où une cible apparaît alors.

Il serait alors judicieux d’affiner la catégorisation des processus inhibiteurs. Ainsi, au sein des processus inhibiteurs contrôlés, il serait possible de distinguer les différents mécanismes selon la modalité sur laquelle ils agissent. Cette catégorisation a été suggérée par Dempster et Corkill (1999). Ainsi, l’inhibition mise en œuvre à travers la modalité verbale, comme dans la tâche de Stroop, serait affectée au cours de la DTA. Par contre, celle agissant sur la modalité motrice, comme dans la tâche de Go/nogo, serait épargnée. Cependant, cette nouvelle classification ne permet pas de réunir l’ensemble des résultats observés dans la littérature. En effet, dans l’étude d’Amieva et al (2002) une altération des processus inhibiteurs contrôlés agissant sur la modalité motrice à été relevée en utilisant le paradigme de Stop Signal. Dans ce paradigme, les sujets doivent appuyer sur une touche lorsque le stimulus cible apparaît à l’écran (essais " go ") et doivent s’abstenir de répondre lorsqu’un stimulus dictateur leur est présenté (essais " nogo "). Toutefois, pour certains essais, un signal sonore peut apparaître après l’apparition du stimulus sur l’écran. Dans ce cas, les sujets ne doivent pas répondre. Le nombre de patients DTA ayant commis des erreurs étant plus grand que le nombre de sujets contrôles s’étant trompés, les auteurs en conclu que les patients DTA présentent un déficit des processus inhibiteurs contrôlés agissant sur la modalité motrice. Notons que cette étude présente quelques lacunes. En effet, un sujet était considéré comme présentant un déficit d’inhibition s’il effectuait au moins une erreur. Or, n’est-il pas un peu abusif de conclure à un déficit lorsqu’une seule erreur est commise. De plus, on peut se questionner sur le fait que les tâches de Go/nogo est de Stop Signal mettent en jeu les mêmes processus. Dans la tâche de Go/nogo, le processus inhibiteur requis afin de réaliser la tâche est mis en œuvre avant que la réponse motrice ne soit lancée. A l’inverse, dans la tâche de Stop Signal, le signal sonore étant donné après l’apparition du stimulus, le mécanisme inhibiteur intervient après que la réponse motrice est été lancée. Dans la première tâche, l’inhibition consiste à ne pas produire une réponse motrice alors que dans la seconde, elle consiste à stopper une réponse motrice en cours de déroulement. Il semble plus difficile d’inhiber un comportement qui a été initié plutôt que d’empêcher ce même comportement de se produire. Il paraît alors délicat de considérer que ces deux tâche mettent en jeu des processus inhibiteurs semblables, même si la modalité sur laquelle ils agissent est la même. De ce fait, les résultats observés au paradigme de Stop Signal ne viennent pas à l’encontre de ceux relevés au test de Go/nogo.

Une synthèse de la littérature permet de dire que les résultats obtenus chez les patients DTA montrent l’existence de déficits au niveau des processus d’inhibition. Il apparaît de plus que les capacités d’inhibition de ces patients sont directement liées au métabolisme d’une région frontale particulière (région frontale moyenne et supérieur gauche, Colette et al, 1998). Il faut cependant noter qu’une des première manifestation de la DTA au plan cérébral semble consister en un processus de déconnexion entre les différntes régions cérébrales d’association (Leuchte et al, 1992 ; Morris, 1994) même si les patients DTA peuvent présenter un hypométabolisme frontal assez précoce (Waldemar et al, 1994). Dans ce contexte, il est possible qu’un transfert déficient de l’information entre différentes régions cérébrales contribuent également aux déficits d’inhibition (ou du moins à certains d’entre eux) manifestés par les patients DTA.

Enfin, ces études valident l’hypothèse de l’existence de multiples mécanisme inhibiteurs plutôt qu’un processus global. La discussion relative aux différents mécanismes inhibiteurs et à leurs classification reste peu aisée. Les différents paradigmes expérimentaux utilisés dans les différentes études ainsi que les populations variées (en terme d’âge, d’évolution de la maladie…) rendent leurs analyses difficiles. Il serait néanmoins intéressant de poursuivre ces expériences sur les mécanismes d’inhibition contrôlés afin de spécifier ceux atteints et ceux préservés à un stade léger de la DTA. Dans ce but, il serait judicieux d’effectuer des recherches auprès d’un plus grand nombre de sujets, des patients DTA à un stade léger et des sujets contrôles ayant une moyenne d’âge moins élevée que dans notre étude. Il serait intéressant de reprendre la tâche de Stroop en appliquant les modifications qui ont été évoquées précédemment. D’autres conditions pourraient permettre de moduler le degré d’inhibition impliqué dans leur réalisation. En effet, il a été montré que plus l’association entre le mot et le concept de couleur est fort, plus le pouvoir interférent du mot augmente. MacLeod (1991) note même que les relations orthographiques, articulatoires et acoustiques entre le mot (ou une partie du mot) et le nom de la couleur a dénommer contribuent aussi à l’émergence de l’interférence. Ces études permettraient d’affiner la classification des processus inhibiteurs. Pour ce faire, différents facteurs seraient à prendre en compte comme distinguer les processus automatiques des mécanismes contrôlés, spécifier la modalité sur laquelle ils agissent, à quelle étape du traitement de l’information ils interviennent… Concernant la DTA, il apparaît évident que, mieux on appréhendera ces différents mécanismes, meilleur seront les outils permettant de diagnostiquer cette pathologie.