Participants

L’expérience a été conduite auprès de 21 patients atteints de DTA probable (annexe 8), à un stade débutant. Ils ont été recrutés dans le service de neurologie du centre hospitalier de Grenoble et de gériatrie du centre hospitalier de Chambéry. Le diagnostic de DTA a été fait par un neurologue à Grenoble ou par un médecin gériatre à Chambéry d’après les critères diagnostics NINCDS-ADRDA (McKhann et al, 1984, annexe 9) à l’aide d’un bilan sanguin, d’une imagerie cérébrale, d’un examen neuropsychologique et d’examens complémentaire (examen cardiaque…). Pour conclure à une MA, l’examen neuropsychologique devait mettre à jour :

  • un déficit de la mémoire épisodique de type hippocampique au moyen de l’épreuve du rappel libre/rappel indicé 16 items. Les performances observées devaient faire apparaître un trouble du rappel libre non normalisé par l’indiçage, un trouble du stockage et de la reconnaissance.
  • un trouble dysexécutif évalué au moyen de différentes épreuves telles que le Trail Making Test, les fluences verbales alphabétiques et catégorielles, les séries graphiques, le sous test code de la Wais III…
  • des troubles au niveau de la sphère instrumentale. Le langage était appréhender par la dénomination d’objets, de visages célèbres, l’évaluation de l’écriture. Différents types de gestes à effectuer étaient demandés afin d’évaluer les praxies. Enfin, les gnosies étaient investiguées au moyen de la VOSP.

De plus, les patients présentant une autre pathologie neurologique ou psychiatrique n’ont pas été retenus pour notre étude.

Le groupe de patients DTA comptait 10 hommes et 11 femmes dont la moyenne d’âge était de 77,67 ans (± 5,21, minimum : 67 ans, maximum : 85 ans). Le niveau socioculturel, évalué en nombre d’années d’études était de 11 ans (± 4,6, minimum : 6 ans, maximum : 18 ans). La sévérité du trouble cognitif présenté par les patients à été appréhendé au moyen du Mini Mental State Evaluation (MMSE, Folstein et Mc Hugh, 1975). Le résultat a confirmé le diagnostique de trouble débutant avec un MMSE de 25,5 en moyenne, ± 1,9.

16 sujets âgés contrôles ont également participé à notre étude. Un participant contrôle n’a pas été retenu pour l’étude car il présentait des scores pathologiques au Stroop version Victoria (selon les normes présentées dans l’article de Troyer, Leach et Strauss, 2006). Le groupe contrôle final était constitué de 4 hommes et 12 femmes. Ils avaient de 70 à 85 ans (moyenne : 78,07 ans, ± 4,75). La durée moyenne d’études du groupe contrôle était de 9,3 ans (± 4,6, minimum : 6 ans, maximum : 18 ans). Aucun sujet du groupe contrôle ne semblait montrer de signe de détérioration cognitive avec un MMSE en moyenne égale à 29,7 ± 0,488.

Les deux groupes de sujets ont été appariés sur leur âge chronologique et leur niveau socioculturel. Les analyses de variance réalisées montrent que l’effet du facteur « groupe » (à deux modalités correspondant aux sujets contrôles et aux DTA) n’est pas significatif au seuil α= .20 sur l’âge chronologique (F(1,34)=1,4, p>.20) et sur le niveau socioculturel (F(1,34)= 3,05, p>.20) (annexe 10).

Matériel

Lors de la phase expérimentale, deux tâches évaluant les processus inhibiteurs contrôlés ont été proposées à l’ensemble des sujets, à savoir la tâche de Go/nogo et le test de Stroop inspiré de la version Victoria. L’ensemble des épreuves est piloté avec le logiciel « SuperLab Pro » version 2.02 et la présentation se fait sur l’écran d’un ordinateur portable (Satellite Pro 4 300 series de Toshiba équipé du logiciel Windows XP) équipé d’une souris. La passation était réalisée au moment du bilan neuropsychologique pour les patients DTA. Les sujets contrôles ont été évalués à leur domicile ou à l’hôpital. La passation était individuelle et nécessitait en moyenne une demi heure.

Procédure

Elaboration de la tâche de Go/nogo

Les épreuves Go/nogo sont définies par deux classes de stimuli. L’une, les stimuli cibles nécessite l’exécution d’une réponse motrice (« go »). Par opposition, les stimuli distracteurs demandent l’inhibition de ce comportement (« no go »). Généralement, ces épreuves utilisent des réponses simples et évaluent principalement la capacité à réfréner les réponses aux stimuli distracteurs.

Notre tâche consistait en l’apparition à l’écran d’un rond vert (stimuli cible) ou d’un triangle bleu (stimuli distracteurs). Lorsque le sujet voyait apparaître au centre de l’écran un rond vert, il devait appuyer le plus vite possible sur la barre espace du clavier de l’ordinateur. Les sujets avaient un temps de réponse limité à 3000 ms, durée au bout de laquelle le stimulus disparaissait. Ces essais correspondaient aux essais « go », puisqu’ils nécessitaient l’activation d’un comportement moteur Lorsqu’un triangle bleu apparaissait au centre de l’écran, les sujets devaient s’abstenir de répondre. Le stimuli disparaissait seul au bout de 3000 ms. Ces essais correspondaient aux essais « no go » puisqu’ils nécessitaient l’inhibition de la réponse motrice.

Une consigne écrite était donnée aux sujets (annexe 11) et des compléments d’informations étaient fournis si la consigne était mal comprise. Afin de manipuler le niveau de difficulté à inhiber la réponse motrice, nous avons crée deux conditions expérimentales où les proportions d’essais « go » et « nogo » variaient. Chaque condition était constituée de 90 essais expérimentaux précédés de 6 essais d’entraînement afin que les sujets se familiarisent avec la tâche. La première condition appelée « Go/nogo 50 » était constituée de 50% d’essais « go » (soit 45 ronds verts) et 50% d’essais « no go » (soit 45 triangles bleus). La deuxième condition, nommée « Go/nogo 80 » comprenait 80% d’essais « go » (soit 78 ronds verts) et 20% d’essais « no go » (soit 12 triangles bleus). On suppose que la condition « Go/nogo 80 » va solliciter un contrôle inhibiteur contrôlé plus important que la condition « Go/nogo 50 ». En effet, dans la première, les essais « go » étant en plus grand nombre que les essais « nogo », la réponse motrice à inhiber sera fortement prédominante, saillante, et ceci plus que que dans la condition « Go/nogo 50 » où essais « go » et « nogo » sont au même nombre. Dans chacune des conditions, la présentation des essais « go » et « no go » s’effectuait de manière aléatoire.

Enfin, de manière à ce que ces deux conditions soient différenciées par les sujets comme étant deux tâches différentes, nous avons inséré entre ces deux conditions la passation du test de Stroop inspiré de la version Victoria. Afin d’éviter un éventuel effet d’ordre, nous avons contrebalancer l’ordre de présentation des deux conditions de la tâche de Go/nogo.

Elaboration de la tâche de Stroop

Le test de Stroop met en jeu un processus d’inhibition d’une réponse verbale automatique. Pour notre étude, nous avons conçu une tâche informatisée de la tâche de Stroop (Stroop, 1935) inspirée de la version Victoria (voir Troyer, Leach et Strauss, 2006 pour les normes). Celle-ci comporte trois conditions expérimentales. Pour chacune d’elles, cinq planches ont été présentées successivement aux sujets. L’ordre de présentation de ces planche était toujours le même. Chaque planche comptait 20 items (5 colonnes de 4 stimuli), soit un total de 100 items pour chaque condition. La première condition correspondait à la tâche de dénomination de rectangles de couleurs (rouge, bleu, vert et jaune). Il était demandé aux sujets de dire le plus vite possible et en essayant de ne pas faire d’erreurs la couleur de chaque rectangle (annexes 12 et 13 ). La seconde condition était inspirée de la version Victoria du test de Stroop. Les cartes étaient composées de mots communs, fréquents (quand, après, mais, pour) écrits en couleur (bleu, vert, rouge ou jaune). La tâche des sujets consistait à dénommer la couleur d’encre dans laquelle chaque mot était écrit (par exemple, pour le mot « après » écrit en rouge, le sujet devait dire « rouge ») et ce le plus rapidement possible, sans faire d’erreur (annexes 14 et 15). La troisième condition correspondait à la tâche d’interférence de Stroop. Les cartes étaient constituées de noms de couleurs écrits dans une autre couleur. La tâche du sujet consistait à dénommer la couleur de l’encre dans laquelle était imprimé chaque mot (par exemple, pour le mot « rouge » écrit en vert, le sujet devait répondre « vert ») (annexes 16 et 17).

Dans cette tâche, comme dans la tâche de Go/nogo, nous avons manipuler le niveau de difficulté à inhiber la production d’une réponse dominante. Dans la condition « victoria », on suppose que la difficulté à inhiber la lecture au profit d’une réponse moins automatique qu’est la dénomination de couleurs est moindre. En effet, il a été montré que plus l’association sémantique entre le concept de couleur et le mot à inhiber est fort, plus le pouvoir interférent du mot augmente. Dans la condition « victoria », les deux réponses issues de chaque mécanisme (lecture et dénomination) sont faiblement en compétition car la réponse issue de la lecture n’est pas le nom d’une couleur, donc ne correspond pas à une réponse plausible. Par contre, dans la condition « interférence », les deux réponses issues de chaque processus correspondent à un nom de couleur, donc constituent une réponse plausible. L’inhibition nécessaire lors de la condition « interférence » sera donc plus importante que celle requise dans la condition « victoria ». La consigne était donnée par écrit aux sujets. L’expérimentateur insistait sur le fait que la tâche devait être exécutée le plus rapidement possible et sans faire d’erreur. Pour chaque condition, un exemple constitué de 20 items était administré aux sujets afin de s’assurer que la consigne était bien comprise. Chaque erreur autocorrigée ou non était relevée à l’écrit par l’expérimentateur sur une feuille de réponse (annexe 18).

Plan expérimental

Quatre variables indépendantes ont été manipulées dans notre étude, dont trois facteurs intra-sujets et un facteur inter-sujet. Le facteur expérimental « groupe » nommé G2 correspond au facteur inter-sujet. Il comporte deux modalités, (g1) le groupe contrôle et (g2) le groupe de patients DTA. La nature de la tâche, notée T2 correspond à notre premier facteur intra-sujet et se compose de deux modalités :(t1) la tâche de Go/nogo et (t2) la tâche de Stroop.

Pour la tâche de Go/nogo, le niveau d’implication des processus inhibiteurs nécessaire à la réalisation de la tâche à été manipulé (I2). Cette variable indépendante intra-sujet nommée « condition » comporte deux modalités : (i1) la condition Go/nogo 50 (faible implication des processus inhibiteurs) et (i2) la condition Go/nogo 80 (forte implication des processus inhibiteurs). Les deux variables dépendantes de cette épreuve sont le temps moyen de réponse en ms et le nombre moyen d’erreurs mesurés pour chaque condition.

Pour la tâche de Stroop, le niveau d’implication des processus inhibiteurs nécessaire à la réalisation de la tâche à été manipulé (I’3). Cette variable indépendante intra-sujet nommée « condition » comporte trois modalités : (i’1) la condition de dénomination de rectangles de couleurs (pas d’implication des processus inhibiteurs), (i’2) la condition victoria (faible implication des processus inhibiteurs) et (i’3) la condition d’interférence (forte implication des processus inhibiteurs). Les deux variables dépendantes de cette épreuve sont le temps moyen de réponse en ms et le nombre moyen d’erreurs mesurés pour chaque condition.

Hypothèses

Dans un premier temps, nous nous attendons à ce que les performances des sujets DTA soient significativement plus faibles que celles des sujets contrôles dans chacune des deux tâches. En effet, les patients atteints DTA devraient présenter une altération des processus inhibiteurs contrôlés, mécanismes impliqués dans chacune des tâches proposées.

Concernant la tâche de Go/nogo, pour chacune des deux conditions expérimentales, le temps moyens de réponse en ms ainsi que le nombre moyen d’erreurs devraient être plus importants chez les patients DTA comparés aux sujets contrôles. De plus, le niveau d’implication des processus inhibiteurs contrôlés est théoriquement plus important dans la condition « Go/nogo 80 » que dans la condition « Go/nogo 50 ». De ce fait, les temps moyens de réponse et le nombre moyen d’erreurs devraient être plus importants dans la condition « Go/nogo 80 » comparée à la condition « Go/nogo 50 ». Cette différence de performance entre les deux conditions devrait être plus importante pour les patients DTA comparés aux sujets contrôles. Concernant la tâche de Stroop, la différence de performance entre sujets DTA et contrôles devrait dépendre de la condition expérimentale considérée. Ainsi, dans la condition de « dénomination de rectangles de couleur », aucun processus inhibiteur n’est requis. De ce fait le temps moyen de réponse en ms ainsi que le nombre moyen d’erreurs ne devraient pas différer entre sujets DTA et contrôles. Dans les deux autres conditions expérimentales « victoria » et «interférence », un contrôle inhibiteur est requis afin d’exécuter correctement la tâche. De ce fait le temps moyen de réponse en ms ainsi que le nombre moyen d’erreurs devraient être plus importants chez les patients DTA comparés aux sujets contrôles. De plus, le niveau d’implication des processus inhibiteurs est théoriquement plus important dans la condition « interférence » que dans la condition « victoria ». Nous supposons alors que les temps moyens de réponse ainsi que le nombre moyen d’erreurs seront plus importants dans la condition « interférence » que dans la condition « victoria ». Cette différence de performance entre les deux conditions devrait être plus importante chez les patients DTA comparés aux sujets contrôles.

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