Les critères du DSM IV

Mode général de fantaisies ou de comportements grandioses, de besoin d’être admiré et de manque d’empathie qui apparaissent au début de l’âge adulte et sont présents dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes :

- le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (par ex, surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport)

- est absorbé par des fantaisies de sucées illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d’amour idéal

- pense être « spécial » et unique et ne pouvoir être admis ou compris que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau

- besoin excessif d’être admiré

- pense que tout lui est dû : s’attend sans raison à bénéficier d’un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits

- exploite l’autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins

- manque d’empathie : n’est pas disposé à reconnaître ou à partager les sentiments et les besoins d’autru
i - envie souvent les autres, et croit que les autres l’envient

- fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants et hautains

Données épidémiologiques

Ce trouble touche 11% de la population générale et est plus marqué chez les hommes.

Caractéristiques psychopathologiques

Les caractéristiques de la personnalité narcissique sont la fantaisie, le manque de scrupules et les comportements grandiose. Ces sujets ont le sentiment d’être quelqu’un d’unique et de spécial qui doit être constamment admiré par les autres. Une autosatisfaction, un manque de modestie qui peut aller jusqu’à l’arrogance sont fréquents. Cette image élevée qu’ils ont d’eux même est souvent renfoncée par une phase d’ascension sociale qui est marquée par une réussite professionnelle. Néanmoins, ils commettent des erreurs de jugement dues à la surestimation de leurs compétences et de leurs qualités qui les conduisent fréquemment à des échecs importants. L’adversité ne va pas les stimuler à le différences des personnalités antisociales dont ils partagent le manque de scrupules. On relève également une obsession de la perfection.

Ils présentent une indifférence aux autres qu’ils ont tendance par ailleurs à exploiter. Les autres ne sont là que pour les admirer mais ne reçoivent en retour aucune considération. Ceux qui peuvent être admirés pendant un temps peuvent ensuite faire l’objet d’un mépris soit parce qu’ils cessent de s’intéresser à la personne narcissique, soit par ce que la personne narcissique a atteint son but et considère qu’elle n’a plus besoin des autres. Ils ont une vision très utilitaire des autres et de leur entourage.

Relations interpersonnelles et expression affective

Les relations interpersonnelles sont de nature très changeante puisqu’elles sont ponctuées par l’admiration et le mépris.

L’expression affective est marquée par une indifférence aux sentiments d’autrui et par un manque total d’empathie. l’humeur est généralement enjouée mais nécessite un contrôle extrême puisque cette humeur dissimule le plus souvent la crainte d’être critiqué, ce qui peut alors conduire le sujet à de forts accès de colère.

Style cognitif

Perception de soi

La perception de soi est guidée par la haute image que ces patients ont d’eux même. L’importance accordée à l’apparence prédominent dans l’analyse de la réalité. Les personnalités narcissiques se comparent automatiquement aux autres en terme de supériorité/infériorité, singularité/banalité, puissance/faiblesse, richesse/pauvreté, beauté/laideur.

Perception des autres

La perception des autres est dichotomique, manichéenne : les autres sont perçus soit comme des admirateurs, soit comme des personnes admirées. Soit ils sont utiles, soit ils sont méprisés.

Le schéma central des personnalité narcissique sont « je suis spécial ». les croyances découlant de ce schéma sont du type :

- « j’ai le droit à des privilèges »

- « Je dois être admiré »

- « Ceux qui me critiquent m’en veulent, sont jaloux »

Adaptation et évolution

L’adaptation est variable chez les personnalités narcissiques et va dépendre du milieu socioculturel auquel appartient l’individu.

L’évolution est elle aussi variable. Certains troubles évoluent favorablement, d’autres au contraire s’inscrivent dans un fonctionnement chronique au cours duquel les décompensations dépressives sont fréquentes et peuvent conduire le patient au suicide.

Hypothèses explicatives

Deux facteurs sont régulièrement mis en cause. Il y aurait le rôle de facteurs éducatifs à savoir que les parents auraient eu tendance à répondre par une admiration exagérée à leur enfant ce qui aurait perturbé le sens de sa propre valeur par rapport à la réalité. Toutefois, tous les enfants gâtés ne deviennent pas narcissiques et certains auteurs ont insisté sur le fait que des enfants ayant un statut différent (social, culturel, économique) peuvent être amenés à développer des idées grandioses sur eux même et ceci pour compenser leur sentiment d’infériorité ou leur différence.

Certains auteurs suggèrent que le trouble de la personnalité narcissique provient de l’échec développemental précoce concernant l’intégration et une limitation des comportements d’empathie. par conséquent, l’enfant demeure fixé au stade développemental de la centralité de ses besoins.

A noter qu’il est bien rare que les filles de femmes narcissiques le soient : elles sont plutôt déprimées, dépourvues d’affirmation de soi à force d’avoir été humiliées par les comparaisons désavantageuses.

Prise en charge

La mise en place d’une relation thérapeutique va généralement procurer chez le patient un sentiment de satisfaction, du moins au début. En effet, dans un deuxième temps, le patient va avoir du mal à tolérer la frustration naturellement engendrée par la thérapie. Il y a un taux d’abandon des psychothérapies élevé chez les narcissiques.

L’objectif de la prise en charge est d’affaiblir le sentiment de supériorité par le biais de croyances alternatives et développer les capacités de se questionner sur les autres, être plus attentif à leurs sentiments, à leurs émotions. Il s’agit de développer les capacités d’empathie.




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