En France, on utilise d’avantage le terme de personnalité hystérique pour désigner ce trouble.

Selon la définition du Larousse, un histrion est un mauvais acteur, un cabotin qui en fait trop pour s’attirer l’attention du public.

Les critères du DSM IV

Mode général de réponses émotionnelles excessives et de quête d’attention qui apparaît au début de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes :

le sujet est mal à l’aise dans les situations où il n’est pas au centre de l’attention d’autrui

  • l’interaction avec autrui est souvent caractérisée par un comportement de séduction sexuelle inadaptée ou une attitude provocante
  • expression émotionnelle superficielle et rapidement changeante
  • utilise régulièrement son aspect physique pour attirer l’attention sur soi
  • manière de parler trop subjective mais pauvre en détails
  • dramatisation, théâtralisme et exagération de l’expression émotionnelle
  • suggestibilité, est facilement influencé par autrui ou par les circonstances
  • considère que ses relations sont plus intimes qu’elles ne le sont en réalité

Données épidémiologiques

Ce trouble touche 1,3% à 3% de la population générale avec une prédominance féminine.

Caractéristiques psychopathologiques

Le symptôme majeur est l’histrionisme : attitude des patients qui cherchent à attirer l’attention sur eux à plaire ou à séduire de façon excessive et envahissante. Contrairement aux personnalités dépressives qui s’enferment et s’autostimulent dans leurs ruminations moroses ou aux personnalités dépendantes qui attendent passivement l’aide d’autrui, les personnalités histrioniques sont des dépendantes actives : elles cherchent activement l’attention et l’aide d’autrui. de cette manière, elles ont une forte capacité à changer d’attitude en fonction de ce qu’elles supposent des attentes de leur interlocuteur.Elles ont besoin de plaire pour exister et ont peu d’autonomie psychologique.

De manière plus générale, l’attitude de la personnalité histrionique est une attitude théâtrale ; ce sont des comédiennes en perpétuelle représentation. Leurs récits dramatisent ou embellissent la réalité. Parfois, ils la falsifient ; c’est ce que l’on nomme la mythomanie (fabulation non délirante).

Dans le cas d’une absence d’intérêt par les autres, le niveau d’angoisse de ces patients va augmenter ce qui peut faire redouter chez eux un passage à l’acte dont le plus dramatique sera la tentative de suicide. Elle doit alors être interprétée comme un moyen supplémentaire de rester sous le regard d’autrui.

Parmi les autres symptômes on retrouve :

  • l’égocentrisme
  • une dramatisation factice
  • des comportements manipulatoires, comme le chantage
  • la labilité des affects (changement fréquent d’humeur). Les patients ont tendance à réagir par l’émotion et non par la dimension cognitive ou intellectuelle
  • la facticité des affects (superficialité au niveau des émotions): les émotions paraissent souvent exagérées par rapport au contexte et hors propos.
  • une dépendance aux autres. Quand la dépendance affective est au premier plan chez l’hystérique, les auteurs parlent de « personnalité passive dépendante », chez qui on retrouverait d’avantage de symptôme de conversion. Quand le théâtralisme est au premier plan, on parle de personnalité histrionique.
  • une érotisation des relations sociales : ce comportement de séduction fait passer à tord les personnalités histrioniques pour des nymphomanes. En effet, elles affichent une hyper-féminité.
  • Des troubles de la sexualité avec soit un évitement de toute sexualité, soit une hypersexualité apparente masquant de profondes inhibitions, une frigidité.
  • Suggestibilité
  • Immaturité

La personnalité histrionique n’est pas toujours consciente du jeu qu’elle mène, les possibilités d’introspection lui font défaut de même que celui de manque de recul et de contrôle vis à vis des affects.

La personnalité histrionique est plus rare chez l’homme, et est plus mal tolérée socialement. L’histrionisme ici se traduit par la vantardise, des fanfaronnades, les récits enjolivés d’aventures avantageuses cherchant à masquer sa faiblesse et son absence de virilité. L’attitude de donjuanisme masque les inhibitions sexuelles.

Relations interpersonnelles et expression affective

On dit de ces personnes qu’elles évitent les relations affectives authentiques avec autrui. La personnalité histrionique a constamment besoin des autres pour se sentir valorisée. Cette dépendance affective, accompagnée de l’égocentrisme, s’associe à une extrême intolérance aux frustrations qui, dans certains cas, va prendre des formes spectaculaires dont les plus communes sont les pleurs intenses, les colères excessives. Le mouvement caractérise l’humeur habituelle des personnalités histrioniques : les élans d’enthousiasmes et les accablements se succèdent sans relâche. On relève également une hyperactivité émotionnelle.

Style cognitif

Il existe une réelle difficulté chez ces patients à fixer leur attention, à se concentrer durablement sur les événement, une difficulté à avoir une analyse rationnelle des situations. Les situations vont d’avantage être analysées selon les émotions qu’elles suscitent chez les sujet, donnant au discours un caractère flou, vague, subjectif.

Perception de soi

Ces personnes on une image de soi profondément dévalorisée. De surcroît, les expériences de rupture à répétition renforcent leur profond sentiment de manque de valeur, de faiblesse face à l’existence. Cependant, elles vont majorer cette faiblesse dans l’espoir qu’on les secoure ; les personnalités histrioniques recherchent activement des supports externes.

Perception des autres

La perception des autres s’appuie avant tout sur des besoins de renforcement narcissique recherché par la personnalité histrionique. Les autres sont des admirateurs potentiels, un public à conquérir. Découvrir dans le regard d’autrui une lueur d’intérêt revient à devenir intéressant à ses propres yeux (théorie de l’autoperception, Bern, 1972).

C’est pourquoi la restauration de l’estime de soi est un objectif prioritaire des thérapies des personnalités histrioniques. Elles sont tellement convaincues de leur manque de valeur, elles y semblent tellement attachées comme à une image de marque, que seule la démonstration par les faits, c’est à dire la confrontation de leur compétences réelles aux épreuves de la réalité, présente une réelle efficacité.

Les principales croyances centrales sont du type :

- « je suis sans attrait »

- « je suis nulle »

- « je suis incapable de m’en sortir toute seule »

- « je dois être aimée par tous »

Celles-ci sont masquées par des croyances superficielles du type :

- « je suis drôle »

- « j’impressionne les gens »

Les croyances secondaires sont :

- « je ne peux être heureuse qu’en étant admirée »

- « les gens ne vont pas me remarquer si je ne suis pas originale, excentrique »

- « les gens n’ont pas le droit de me refuser leur aide »

- « ceux qui ne m’aiment pas sont nuls »

Adaptation et évolution

L’adaptation est très variable et est fonction du mileui social et culturel dans lequel ‘l’individu évolue. En effet, certains milieux professionnels peuvent valoriser ce type de personnalité d’où une bonne adaptation. D’autres vont être constamment rejetés et vivre dans un sentiment permanent d’insatisfaction et d’échec.

Globalement, les difficultés s’accroissent avec l’âge. L’évolution est généralement marquée par la survenue soit d’épisodes de somatisation entraînant une appétence médicale très prononcée, soit d’épisodes dépressifs majeurs qui surviennent le plus souvent en réaction aux frustration, aux échecs et aux abandons. En cas de somatisation, les plaintes concernent une fatigue et des douleurs diverses.

Hypothèses explicatives

Explication psychanalytique

Le courant psychanalytique ne parle pas de personnalité histrionique mais de «névrose hystérique ».
C’est au 19ème siècle que FREUD fit des études poussées sur la névrose hystérique. Il est bon de rappelé que ces personnes ne sont pas des simulatrices. Selon le courant psychanalytique, cette personnalité trouverait son origine dans les conflits inconscients. Selon FREUD, l’hystérique aurait subie une « séduction » de la part d’un adulte, le plus souvent le père. Cette séduction causerait un traumatisme pendant l’enfance qui ne prendrait effet qu’après coup, suite à un évènement mineur ; il y aurait alors déclaration de la symptomatologie. Autrement dit, la névrose hystérique traduirait la résolution pathologique d’une sexualité conflictuelle. Par rapport à la dépendance aux autres, la psychanalyse propose d’expliquer ce phénomène par une problématique de type orale : il s’agit de sujets immatures, inhibés, passif-dépendants, ne pouvant vivre que soutenu par un entourage maternel et protecteur.

La névrose hystérique est également appelée « névrose de conversion », le symptôme le plus prépondérant étant, pour le courant psychanalytique, les troubles de conversion faisant suite à la mise en place du mécanisme de défense de la conversion (la représentation inacceptable génératrice d’angoisse est transposée à une perturbation physique comportant une signification symbolique inconsciente).

Explication cognitivo-comportementale

Elle met l’accent sur le rôle des renfoncements éducatifs ayant eu lieu pendant l’enfance. les parents sont soupçonnés d’avoir systématiquement renforcé les réussites de leur enfant en fonction de critères esthétiques, les qualités intellectuels ou morales étant nettement moins valorisés. Par conséquent, le charme, la séduction deviennent les stratégies privilégiées de l’enfant pour répondre aux différentes sollicitations.

Prise en charge

A l’heure actuelle, une partie des praticiens s’accordent sur le fait qu’on doit restaurer l’estime de soi chez ces patients et restaurer un style cognitif qui soit avant tout basé sur une analyse rationnelle des situations plutôt que basé sur l’émotionnel ou l’affectif.

Le mode de traitement psychanalytique reste l’un des modes de traitement privilégié de la personnalité histrionique si on retient l’origine inconsciente de ce trouble.

Diagnostic différentiel

Il ne s’agit pas de simulation, les symptômes étant bien réels.

Il ne s’agit pas d’une maladie psychosomatique dans laquelle il y aurait des séquelles réelles.

Il est nécessaire de faire la différence avec une entrée dans la schizophrénie, notamment quand le patient a 20, 25 ans.

Il ne s’agit pas d’un simple état dépressif ; parfois, les symptômes dépressifs s’ajoutent à l’hystérie.

Ce n’est pas une hypochondrie.




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