Les critères du DSM IV

A. Mode général de mépris et de transgression des droits d’autrui qui survient depuis l’âge de 15 ans, comme en témoignent au moins trois des manifestations suivantes :

  • incapacité de se conformer aux normes sociales qui déterminent les comportements légaux, comme l’indique la répétition de comportements passibles d’arrestation
  • tendance à tromper par profit ou par plaisir, indiquée par des mensonges répétés, l’utilisation de pseudonymes ou des escroqueries
  • impulsivité ou incapacité à planifier à l’avance
  • irritabilité ou agressivité, indiquées par la répétition de bagarres ou d’agressions
  • mépris inconsidéré pour sa sécurité ou celle d’autrui
  • irresponsabilité persistante, indiquée par l’incapacité d’assumer un emploi stable ou d’honorer des obligations financières
  • absence de remords, indiquée par le fait d’être indifférent ou de se justifier après avoir blessé, maltraité ou volé autrui

B. Age au moins égal à 18 ans

C. Manifestations d’un trouble des conduites débutant avant l’âge de 15 ans

D. Les comportements antisociaux ne surviennent pas exclusivement pendant l’évolution d’une schizophrénie ou d’un épisode manique.

Données épidémiologiques

Ce trouble touche 2,1% à 3,4% de la population générale et est presque exclusivement masculin.

Caractéristiques psychopathologiques

Le symptôme clé est l’impulsivité et l’intolérance aux frustrations. Les sujets sont décrits comme étant incapables de différer l’accomplissement de leur désir et son incapable d’anticiper les conséquences de leurs actions autant pour eux mêmes que pour les autres. Ils sont incapables de tenir compte des expériences passées et vont trouver comme solution à leur conflit le passage à l’acte plutôt que la mentalisation (élaboration psychique du conflit) ou la médiation avec le partenaire du conflit. Les passages à l’acte sont la voie privilégiée de la décharge pulsionnelle. L’impulsivité est la seule réponse possible face à la frustration.

La personnalité antisociale présente également des transgressions des lois et des règles sociales et morales fréquentes aux regard desquelles elle n’exprime ni honte, ni remords. Ces personnes vont au contraire se poser en victime de la société, rejettent volontiers la culpabilité sur les autres en les accusant de faire obstacle à la réalisation immédiate de leurs désirs.

On note la présence d’un comportement agressif verbal et/ou physique qui prend ses sources dans le mépris que ces personnes éprouvent pour les autres. Parfois, cette violence peut avoir une dimension perverse avec le plaisirs de faire mal.

Le patient présente une inaffectivité apparente, une absence de ressenti émotionnel, les sujets étant décrits comme égocentriques. Ils établissent des relations superficielles, souvent limitées à la recherche d’autosatisfaction immédiate et sont incapables d’empathie.

Enfin, ils sont caractérisés par une absence d’anxiété. ils ressentent une dysphorie et de l’ennui qui les amènent à des changements fréquents de milieu, à s’évader à travers la prise de drogues, d’alcool et à travers la recherche de sensation et de prise de risque.

L’ensemble de ces manifestations est présent depuis l’enfance de l’individu. ce comportement se manifeste durant l’enfance sous forme de colères fréquentes, d’oppositions précoces aux parents et d’une agressivité envers les autres enfants et les animaux. Ces perturbations se renforcent au moment de l’adolescence, sous la forme de bagarres multiples, du refus de toute discipline, d’actes délinquants, vols, agressions, sexualité précoce, toxicomanie, mais également de fugues. De manière plus générale, la scolarité, de qualité médiocre, est marquée par une grande instabilité malgré un niveau intellectuel normal. A l’âge adulte, cette instabilité se ressent en priorité dans le milieu professionnel.

Relations interpersonnelles et expression affective

Les relations interpersonnelles sont de qualité médiocre.

Leur vie sentimentale et affective est souvent une suite d’aventures sans lien durable. Les émotions effraient les personnalités antisociales. En effet, elles redoutent les expressions d’amour et de tendresse qui sont pour eux synonymes de faiblesse. Ils ont tendance à refouler ou ignorer les émotions. Ils méprisent les autres et ne se soucient aucunement de leurs émotions. Il y a chez ces personnes un réel problème au niveau de la perception et de la reconnaissance des émotions.

Style cognitif

Les schémas cognitifs décrits chez les personnalités antisociales concernent l’affirmation de soi. Ces sujets ont généralement une image valorisée d’eux mêmes. Ils se décrivent comme forts, autonomes, conquérants et dominateurs. Ils se ventent de leurs exploits et s’enorgueillissent d’écraser les autres. Les autrui justement est considéré comme un simple outils qu’ils peuvent exploiter. Les autres sont vus comme des êtres vulnérables et exploitables.

Les pensées des personnalités antisociales sont du type :

  • Si je veux quelque chose, je l’obtiendrai par n’importe quel moyen »
  • Nous sommes dans la jungle et se sont les plus forts qui survivront »
  • Ce que pensent les autres de moi n’a guère d’importance »
  • Si les autres ne sont pas capables de se défendre, c’est leur problème ! »

Adaptation et évolution

Ces patients ne consultent que rarement et n’expriment pas de souffrance subjective. C’est le plus souvent sur la demande de la justice que ces personnes sont amenées à fréquenter les servies de psychiatrie.

Avec l’âge, on constate une diminution progressive de l’agressivité et de l’instabilité.

Ces individus sont fortement concernés par les comportements criminels. La question qui se pose est est-ce que la présence d’une personnalité antisociale peut prédire la survenue d’actes criminels ?

Des études longitudinales ont été réalisées en déterminant des comportements antisociaux chez des enfants de 5 ans et en les réévaluant 10 ans plus tard. Parmi ceux ayant un fort potentiel « agressif », seul 16% d’entre eux eurent des problèmes avec la justice à l’âge de 15 ans. Ces enfants étaient ceux possédant un niveau intellectuel faible. Selon les auteurs, avoir un niveau intellectuel élevé permettrait de se protéger et de ne pas développer un certains nombre de comportements antisociaux. Cependant, la présence d’un haut niveau intellectuel permettrait aux individus de ne pas se faire prendre après la réalisation d’un acte délictueux.

Hypothèses explicatives

Il existerait un certain nombre de facteurs prédisposants :

  • divorce des parents interprété comme une absence d’autorité parentale qui conduirait l’enfant, puis l’adolescent, à une impossibilité de se représenter un modèle d’identification stable.
  • Défaillance ou absence de la constitution su Surmoi qui rendrait compte des transgressions des règles morales et sociales
  • Existence de problèmes relationnels précoces qui auraient pour conséquence des carences affectives pour ces enfants.
  • Plus récemment, les modèles cognitifs et neuropsychologiques se sont intéressés aux comportements antisociaux et ont souligné deux déficits du traitement d’information : un déficit au niveau de la perception et de la reconnaissance des émotions et un déficit dans la perception et la reconnaissance des états mentaux chez autrui (intention, croyances…).

Les études familiales, réalisées sur des jumeaux montrent une part importante du facteur génétique. Néanmoins, ces facteurs ne prendraient leur importance qu’en présence de certains facteurs environnementaux.

Prise en charge

Elle est difficile à cause des caractéristiques de la pathologie. La plupart du temps, ces personnes ne se perçoivent pas comme ayant besoin d’un traitement psychologique. De plus, se sont des sujets très manipulateurs (y compris avec le thérapeute) ce qui rend les chances de réussite de la psychothérapie d’autant plus réduite.

La psychothérapie a pour but d’amener le patient à une réflexion sur lui même et sur les autres, de développer ses capacités d’empathie et d’analyse des situations interpersonnelles.

Le trouble de la personnalité sadique

Ce trouble de la personnalité avoisine celui de la personnalité antisociale, dont il partage sans doute certains éléments psychopathologiques.

Les critères de la personnalité sadique se rapportent pour la plupart à des comportements de violences et de cruauté accomplis dans les buts de dominer, d’humilier, ou de dégrader les autres. Le sujet, par définition, prend plaisir aux souffrances physiques et psychologiques des êtres vivants, animaux et humains. Il aime tenir les autres sous son emprise et restreindre leur autonomie, cela par la terreur, l’intimidation, l’interdiction. le sujet sadique ment facilement ; il est fasciné par la violence, les armes, les arts martiaux et la torture.

On peut concevoir que personnalité sadique et personnalité antisociale comportent des origines communes avec maltraitances et humiliations pendant l’enfance.




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