Ne pas confondre les périodes de « crises » avec le ressenti de colère. La crise colérique, c’est l’émotion à son paroxysme, une explosion visible et bien sur audible. L’état colérique est bien plus subtile : il est présent constamment, se révèle brutalement lorsqu’un événement déclencheur exacerbe l’émotionnel. s’associe des sensations physiques au ventre, une pression du plexus.

Affirmé/ Colérique (agressif)

La personne affirmée exprime ce qu’elle veut, ce qu’elle pense, ressent, tout en respectant ce que l’autre pense, veut et ressent. A contrario, un profil colérique dit ce qu’il conçoit, ce qu’il éprouve et ce qu’il exige sans jamais tenir compte des sentiments ou des vœux d’autrui.

Emotions

« Je ne peux pas me contrôler, sur le moment, c’est intenable ! »

Schéma central

« Le monde devrait fonctionner comme j’ai envie qu’il fonctionne ! ! »

Dans le monde du colérique, rien ne doit heurter sa demande, « sa » réalité. Les « lois» du colérique ne tiennent pas compte de la réalité humaine, c’est en cela qu’elles sont irrationnelles.


Trois types de colères


La colère contre les autres

Locus of control externe : attribution aux autres de la responsabilité de ce qui nous arrive comme règle générale.

Pensées automatiques :

« Les objets sont toujours contre moi… »

« L’enfer, c’est les autres… »


Pensées alternatives :

« Vous vivez avec des humains et, vous même, êtes-vous si sûr d’être constamment concentré sur le réel, constamment réactif, efficace, exempt de tout souci, fatigue ou rêverie ? »

« J’aimerais que tout se passe impeccablement, mais je ne vis pas seul et même les humains rêveurs, lents, indécis ou maladroits ont le droit de vivre ! »

On retrouve ici le « colérique justicier »

Pensées automatiques :

« tout humain se doit de respecter les règles civiles, d’accepter la présence des autres et ne doit pas se comporter de façon individualiste. »

Il y a également le « colérique jaloux »

Pensées automatiques :

« il n’y en a toujours que pour les mêmes ! »

La colère contre les autres est cette croyance fondamentale que c’est à cause du comportement d’autrui que je me met dans un état émotionnel aussi négatif. Ce sont les autres qui sont en cause, pas moi !

Votre mieux être dépendra alors totalement de l’autre. Au contraire, il faut apprendre à reconnaître la réalité de l’humain et ainsi prendre une nouvelle stratégie, plutôt que la colère, pour faire changer les choses : ne plus attendre passivement que les choses changent « parce qu’elles ne devraient pas être comme elles sont » mais s’inscrire, hors de l’émotionnel, dans une stratégie d’efficacité : cette réalité ne me convient pas, que faire pour ne plus en pâtir ? L’acceptation du réel est la meilleur façon d’envisager de futurs changements.

La colère contre soi

Locus of control interne : les autres dysfonctionnement parce que je suis le premier déclencheur de leur comportement.

Souvent le signe d’une faible estime de soi, ou encore d’une volonté perfectionniste (avoir des colères est une preuve de faiblesse).


La colère contre la vie en général

Intolérance aux adversité quotidiennes, refus des frustrations et du principe de réalité.


Idées fausses sur la Colère

► Signe un tempérament d’acier, valorisant

► permet de ne pas se laisser dominer

► Ce sont les autres qui me mettent en colère

► être colérique est salutaire

Aristote considérait la colère comme une réponse raisonnable à l’insulte et un certain nombre de philosophes l’ont rejoint sur ce point. Certaines colères peuvent donc faciliter la communication : j’exprime, fortement certes, un état de frustration, de désaccord, parfois de souffrance, un sentiment d’injustice ou d’impuissance. Cependant, là où l’on croit que la colère va nous défendre, nous aider à nous affirmer, nous obtenons strictement l’inverse. Le plus souvent « l’agresseur » ne sera pas vaincu ou annulé et notre colère ne fera qu’amplifier les désaccords, querelles et conflits. Toute attaque justifie la contre attaque.

► c’est bon pour le psychisme

► il ne faut pas refouler ses émotions

► il faut exprimer son ressenti

► la colère se maîtrise facilement

Dans un premier temps, la colère s’inscrit rarement dans la durée mais opère par « clashs », des crises aussi soudaines que brèves et les périodes de rémission laissent de l’espoir. Cependant, la colère appelle la colère : elle engendrera de nouvelles crises de colère, plus fréquentes, plus intenses. Toujours se demander : qu’exprime-t-on avec de la colère ? que règle-t-on avec la colère ? qu’obtient-on avec la colère ? qui subit la colère ?

Les bienfaits de la Colère

► il existe des bonnes colères

Elle nous autorise à surmonter les obstacles de la fatigue, des craintes, des désirs d’abandon, voire de soumission.

► il faut savoir se défendre

La colère est parfois utile pour exister, refuser, demander, insister, réclamer, et s’avère positive dès qu’il s’agit de nous défendre ou de nous faire entendre.

► permet d’affirmer ses droits, de défendre ses valeurs

Les personnalités anxieuses le savent bien et souffrent de ne pas ressentir cette petite dose d’agressivité qui permet souvent de vaincre ses peurs, le regards de l’autre pour obtenir satisfaction.


La réalité de la Colère

► la colère n’est pas risible

► la colère est mauvaise pour la santé

► la colère engendre la colère

► la colère fait souffrir

► la colère est inefficace et autodestructrice

Que s’est-il passé ensuite ? souvent, on se rend compte que la colère ne sert à rien mais ne fait que surenchérir nos attentes, demandes et exigences sans modifier en rien la réalité.

► la colère aveugle, gâche la vie

Exemple des colère parentales pour un enfant. Il ressent de la crainte, de la peur face à cette colère qui vient se substituer à la sécurité affective. Dans ce cas, il n’existe guère que deux solutions : soit la soumission pour éviter le conflit, soit la contre agressivité qui viendra renforcer la colère parentale et peut provoquer la violence physique.

► rien ne résiste à la colère

Exemple des colères d’un supérieur hiérarchique au travail : les constantes critiques et sautes d’humeur des supérieurs colériques ne font qu’insécuriser leur personnel. Sous prétexte d’obtenir plus, de stimuler, ils obtiennent des conflits, du mensonge, de la mauvaise fois et pour finir des départs. La menace ou l’injonction suscite l’évitement, la peur et donc le mensonge, rarement la confiance necessaire. Une personne colérique verra son image de soi se dégrader au fil des incidents et entrera dans des sentiments d’autodévalorisation, voire de pathologie dépressive. Au final, il s’accusera de tous les maux et s’en voudra de ne pas avoir su contrôler sa colère.

► la rage au volant, la conduite agressive

Cette attitude au volant se traduit par des comportements évidemment offensifs envers les autres usagers, mais il est intéressants de voir qu’elle génère aussi des troubles de l’attention et une hyperactivité : l’automobiliste colérique ne cesse d’évaluer le comportement des autres, provoque les « mauvais » conducteurs, les agresse, mais il est lui même prisonnier de son émotionnel, a tendance à oins bien respecter les règles de conduite, à dépasser les limites de vitesse sans s’en rendre compte, à devenir lui aussi un conducteur dangereux.

► pathologie : quand tout génère de la colère

Pour ceux qui ont des conduites vraiment pathologique, il ne semble plus exister aucun moment de repos : tout est prétexte à se mettre en colère, colère contre soi, les objets, les autres, la vie en général. L’aide médicamenteuse semble être le seul recours possible.


User du meilleur de la Colère

Damasio évoquant une colère adaptée : « importance de l’émotionnel pour décider, et donc pour vivre ». Oui, être énervé, irrité, frustré peut nous aider à faire des choix, à décider, à mieux réagir. Mais attention aux extrêmes de la colère :

- syndrome des « totalitaires » : refus de tout refoulement : j’agis ce que je ressent, un point c’est tout, avec tous les dommages collatéraux, tant pis pour les victimes

- syndrome du « lama » : je contrôle mon émotionnel et ne manifeste jamais aucune émotion négative (j’ai trop peur que l’on me juge ! ) : rien ne peut me perturber, je suis en hypercontrôle. Le résultat le plus probant de cette accumulation d’hostilité se manifeste parfois par des explosions intempestives, des somatisations fortes.

Les raisons de la Colère

L’hypothèse génétique

Cette émotion est universelle : les Occidentaux expriment la colère par les mêmes gestes ou grimaces (langage non verbal, le visage se tend, le regard fixe, les lèvres se serrent) que le font les membres de sociétés plus primitives. Darwin : « les principales attitudes expressives chez l’homme ou l’animal sont maintenant innées ou héritées, c’est à dire qu’elles n’ont pas été apprises par l’individu ».

Raison première de la colère : devant les dangers qu’il rencontrait constamment, l’homme « primitif » n’avait comme réponse que le combat ou la fuite. Action du cerveau « reptilien » : accélération du rythme cardiaque et respiratoire pour se préparer à l’action, afflux de sang dans les muscles striés pour l’éventuel combat avec sécrétion massive d’hormones (adrénaline), dilatation des pupilles pour mieux voir.

Chacun d’entre nous posséderait des « tempéraments », des « possibles » que la vie viendrait renfoncer ou atténuer. Ce qui exacerbe la colère :
- la faim - le manque de sommeil - l’alcool

Les hypothèses psychologiques

Pour la psychanalyse

Mécanisme de défense en cause : le déplacement , le transfert d’une émotion sur un autre objet que celui qui l’a provoquée. Pour les freudiens, la colère provient de la toute petite enfance où les colères « rentrées » n’ont pu s’exprimer. Ellis : « Au cours de votre enfance, vous pouvez avoir subi de la négligence, des sévices, des abus qui ont contribué à générer de la colère. Mais « focaliser » aujourd’hui sur l’horreur de ces mauvais traitements ne donne pas un ressenti plus sain. Bien au contraire, apprendre à repenser ces événements et défier les pensées génératrices de colère qui y sont rattachées vous aidera à réduire votre colère. » Dans ce schéma Méfiance, Abus, l’enfant s’attend à être humilié, maltraité, à ce que les autres profitent de lui, lui mentent, trichent. A l’âge adulte, cette insécurité peut renforcer le sentiment d’être constamment défavorisé par rapport aux autres ainsi que des sentiments d’impuissance.

Colère et sexualité

Pour certains chercheurs, il y aurait un lien entre colère et sexualité, entre agressivité et excitation sexuelle non satisfaite chez l’homme comme chez la femme.

Colère et manque affectif

Beaucoup de psychologue et psychiatre considèrent la colère comme une façon de compenser certaines carences affectives, un véritable mécanisme de défense pour vaincre les souffrances infantiles vécues, refoulées et donc inconscientes. Par exemple, avoir eu une mère distante, peu chaleureuse peut vous amenez à rejouer avec votre conjoint ou un proche cette crainte permanente de ne pas être aimé. La certitude découlant d’un schéma de manque affectif est que les autres ne m’apporteront jamais le soutient affectif dont j’ai besoin. La personne répondra alors par l’isolement ou la colère contre ceux qui n’apportent pas tout ce que « j’attends » d’une relation.

Colère et anxiété

Il existerait un lien entre anxiété et colère. Anxiété → hypervigilance → sensibilité accrue à d’éventuels dangers.

Colère et faible estime de soi

Les colériques ont tendance à se projeter sur les autres, à croire que les personnes impliquées ont perçu leurs faiblesses ou dysfonctionnements : en agressant une personne soupçonnée (par projection) de le disqualifier, le colérique va tenter de prouver qu’il n’est pas ce que l’on croit (ce que lui croit de lui). Mon interprétation des faits signe le plus souvent ma propre évaluation de « moi ». Ellis : « les pensées évaluatives dominantes sont des pensées d’autoévaluation négatives qui signent une très faible estime de soi et que la personne colérique « projette » sur les autres. »

Des hypothèses sociologiques

Signe d’un sentiment d’impuissance sociale

La simple absence de « pouvoir » sur l’environnement peut induire des sentiments de colère ou de dépression. Les individus qui pensent avoir un contrôle restreint sur les événements de la vie développent des sentiments de colère (sentiment de faible efficacité personnelle pour la résolution des problèmes quotidiens).

Colères apprises par mimétisme

Si mes parents avaient l’habitude de régler leurs différends par des attitudes colériques, il y a de bonnes chances que je répète cette stratégie pour m’affirmer ou communiquer à l’âge adulte.

Télé, jeux vidéos et colère

Semblent renforcer les comportements colériques et banaliser la violence.

Colère et frustration

On doit m’apporter une réponse immédiate à mes désirs, tout doit être fait pour ne pas contrarier le principe de plaisir. Ainsi, les autres doivent répondre aux sollicitations immédiates des personnes colériques. Quiconque ira à l’encontre de ce principe sera rejeté, agressé, voir annulé. Beaucoup de personnes vont se mettre en colère contre ceux qui « gênent » leur réalité. Il n’y a pas prise en compte des autres, ni la possibilité que ces autres pensent et vivent différemment. L’auteur de la « mauvaise action » est assimilé à son comportement. Une personne qui agit mal est mauvaise et une personne qui est bonne est quelqu’un qui agit en fonction de mon principe de plaisir, en fonction de mes demandes. Cette pensée est bien évidemment irrationnelle et jamais corroborée par les faits. L’évaluation d’un comportement ne peut traduire l’évaluation d’une personne.

Nous voyons que dans le contexte contemporain, la colère ne signe plus l’adéquation pour survivre, elle n’est plus qu’un énorme caprice devant les frustrations du réel : puisque je n’ai pas ce que je veux, je vais grogner, agresser, hurler !

Mais jouir seul, sans les autres, c’est s’enfermer hors de la réalité et n’exister que pour les autres devient vite la négation de soi. Quand le curseur est au milieu, il y a forcément un va et vient entre Soi et Autrui et c’est ce fragile équilibre qu’il convient de vivre.